Après la proposition d’un dialogue entre les institutions locales et le peuple d’ici, à l’initiative de la conférence territoriale politique, pour définir une position réunionnaise à négocier avec le Gouvernement, le peuple, à travers les gilets jaunes, à travers les corps intermédiaires et à travers les individus, serait invité à faire ses propositions, à déposer des contributions à la conférence territoriale politique. Celle-ci dispatchera les propositions entre le conseil économique et social, le conseil de la culture, les conseils municipaux où se tiendront les rencontres, où se déroulera le dialogue. [1]
Pour ce dialogue réunionnais, j’ai trois contributions que je proposerai dans les trois prochains JPH : 1. une contribution culturelle (au conseil de la culture) ; 2. une contribution institutionnelle (à la conférence territoriale) ; 3. une contribution économique (au conseil économique et social). Si d’autres personnes, d’autres organisations (associations, syndicats, organisations professionnelles) ont des propositions, qu’elles les préparent en attendant de les envoyer à la conférence territoriale politique (lorsqu’elle sera constituée), qui dispatchera les demandes et fixera les rendez-vous.
Mais avant de publier mes contributions, je voulais les placer, aujourd’hui, dans le processus de la conférence territoriale politique pour un dialogue réunionnais peuple/institutions. [2]
Plusieurs considérations : 1. la parole au peuple dans sa totalité et dans sa diversité ; 2. personne, quelle que soit sa notoriété, n’a de légitimité pour réunir les institutions et le peuple ; 3. seule l’autorité politique locale, représentée par la conférence régionale politique, a cette légitimité ; 4. le dialogue qu’ouvre la conférence territoriale politique, concerne un enjeu réunionnais, dépasse les enjeux partisans, doit mobiliser toutes les tendances.
1. La parole au peuple, dans sa totalité et dans sa diversité. Chaque personne influente ou non, chaque organisation a l’impression qu’elle est la seule à avoir de idées à proposer. Le dialogue institutions/peuple, s’il est engagé, fera découvrir que d’autres personnes, que d’autres organisations ont, elles aussi, des idées. Et l’on découvrira, souvent, que ces autres personnes et ces autres organisations que nous ne connaissons pas, que nous ne fréquentons pas, ont les mêmes idées que nous.
2. Aucune personne, quelle que soit sa notoriété, aucune organisation, quelle que soit son influence, n’a de légitimité pour dire que seules ses propositions sont valables et que tout le monde doit se rallier et adhérer. Qui peut demander à qui qui ce soit de se retrouver pour dialoguer ? Seule l’autorité politique locale a cette légitimité. Dans les JPH précédents, il a été démontré qu’il n’y a pas, aujourd’hui, d’autorité politique locale identifiée, reconnue, officielle. L’autorité qui devrait exister est dispersée entre le Conseil régional, le Conseil départemental et les maires. C’est pour cela qu’il leur est demandé, avec la conférence territoriale politique, de constituer une autorité de fait dont la mission principale sera de définir une autorité de droit, à négocier avec le Gouvernement.
4. Seule l’autorité politique locale, représentée par la conférence régionale politique, a donc la légitimité pour inviter les forces vives à se réunir, à débattre et à dialoguer, pour construire les bases d’une société réunionnaise consciente, et responsable de la communauté de destin de ses membres. [3]
C’est pour cela que l’entêtement que mettent certains à frapper à toutes les portes pour obtenir, je ne sais comment, qu’ils décident de constituer la conférence territoriale politique semble inadéquate. L’initiative n’appartient surtout pas à l’État. Ce dernier n’a pas cessé de se pencher sur le chevet des Régions d’outre-mer. Pour tenter de trouver des solutions, il a organisé les états généraux, les assises et anime, en ce moment même, le grand débat. Il a fait des propositions de tous genres. La ministre des outre-mer s’est rendue à La Réunion, a rencontré les gilets jaunes locaux sur les barrages. On nous annonce une nouvelle visite de la ministre et celle du premier ministre, on parle même de la visite du Président. L’État a donné. Ceux qui veulent ressusciter les Réunionnais et La Réunion au sein de la Nation et de la République ne vont donc pas supplier l’État une fois encore, de faire quelque chose. Cela est d’autant moins pensable, moins logique, moins rationnel, que l’État lui-même, le premier février, à L’Elysée, a montré qu’il attendait l’émergence d’un interlocuteur réunionnais.
5. Le dialogue qu’ouvre la conférence territoriale politique, concerne un enjeu réunionnais, dépasse les enjeux partisans, doit mobiliser toutes les tendances. C’est pour cela que les commissions au conseil économique et social, au conseil de la culture et dans les municipalités, seront présidées par des membres appartenant aux majorités, mais devront être composées, également, de membres appartenant aux oppositions. Le dialogue institutions/peuple devra se faire avec tout le monde. Les universitaires, si la proposition est retenue, feront les synthèses et dégageront des travaux, les propositions, celles qui font consensus et les autres. Le congrès, par la suite, prendra ses responsabilités. [4]
Mais tout cela n’est possible que si la classe politique locale, qui ne veut pas de tout cela, sent peser sur elle, le poids de la demande du peuple. A cet égard, les intellectuels, les guides spirituels, les leaders d’opinion, ont une responsabilité. Toute parole en mesure de s’exprimer doit s’exprimer, sinon les responsables de la classe politique locale ne changeront rien à leur pratique, la conférence territoriale politique ne se constituera jamais ou sera une opération de récupération de plus qui n’aura rien à voir avec le dialogue institutions/peuple et les enjeux que nous avons définis. La parole doit se libérer.
Les échéances électorales prochaines – élection européenne au mois de mai de cette année, élections municipales l’an prochain et, surtout, élection régionale en 2021 – seront autant d’occasions, pour les uns et pour les autres – en particulier pour les politiques indépendants – de prendre la parole. La tendance, aujourd’hui, est de mesurer les forces en présence. Quelles seront les alliances à droite ; quelles seront les alliances à gauche ? La confusion, les intérêts et les querelles personnelles désorientent un peu les militants politiques. On ne sait pas trop quelles seront les décisions des « chefs ». Ici et là on appréhende, parce que le phénomène touche tous les partis. Si ces voix politiques indépendantes se faisaient entendre dans les journaux, dans les télévisions, sur les réseaux sociaux pour déconsidérer ces calculs politiciens d’égos, de chefs de partis, d’assoiffés de pouvoir pour le pouvoir [5]; si l’on faisait savoir clairement à ces politiciens d’un autre âge que le peuple attend autre chose, peut-être que la politique se ferait sur d’autres bases, que nous aurions des chances de voir la conférence territoriale politique se constituer, La Réunion et les Réunionnais retrouver leur place, leur rôle et leur responsabilité dans l’agora.
La voix de chaque citoyen – je préfère dire de chaque électeur – est importante. Pour que les politiciens locaux évoluent, il faut que le peuple bouge. Les gilets jaunes ont été une manifestation du peuple. Ils ont leur place dans le dialogue institutions/peuple. Mais toutes les autres catégories de citoyens ont aussi leur place, en particuliers ceux que l’on appelle « les corps intermédiaires » (associations, syndicats, organisations professionnelles, etc.). Une bonne méthode pour enclencher le mouvement serait que chaque association, chaque groupe, chaque personne, prépare sa « contribution au dialogue », le fasse savoir, surtout à ceux qui ont la responsabilité de constituer la conférence territoriale politique. Pour que les politiciens bougent, il faut que tout le peuple bouge, que chacun bouge avec qui il veut ou tout seul, en gardant sa liberté, sa personnalité, son charisme. Il y a tant à dire, c’est le moment ! Et il est nécessaire que l’on entende toutes les voix.
Paul HOARAU
[1] Cf JPH N°98 du lundi 25 février
[2] J’explique dans le précédent JPH (N°98) pour quelles raisons il est important d’impliquer les institutions locales.
[3] En l’absence d’autorité locale, deux possibilités : 1. l’administration directe de l’île par l’autorité parisienne (ce que veulent les responsables politiques locaux actuels et qui est, naturellement et à terme, inacceptable) ; 2. La révolution et ses conséquences, inévitable.
[4] Cf JPH N°98 du 25 février, concernant le congrès et le rôle des universitaires.
[5] Dans une période sombre de notre histoire, pour se maintenir au pouvoir, même la fraude électorale était justifiée.

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