Le groupe Carrousel annonce la couleur  : Une tendance à l’électrique visionnaire revisitée façon créole, un mélange des genres afin d’enfanter une oeuvre inconnue de ses pères eux-mêmes. Une démarche résolument nouvelle qui mène le groupe aux frontières de l’expérimental, une sorte d’état transitoire entre la revalorisation du patrimoine réunionnais et les pulsions intenables des transes.

Le carrousel est ce manège universel, où petits et grands se plaisent à tourner sur des chevaux de bois, et plus récemment sur des bolides automobiles. Les membres de Carrousel eux, ont préféré s’illuminer par l’expérimentation, aspirés par le gouffre extatique de la création. Beaucoup ignore encore aujourd’hui combien ils doivent à ces magiciens.

Lieu de rencontre prestigieux entre des précurseurs, mais lieu d’une étrange éphémèrité (4 à 5 années d’activité), ces avant-gardistes du « Jazz fusion » (cf lien Runmuzik) local que sont Loy Ehrlich, son ami Alain Peters engagé en tant que bassiste, Zoun, Joël Gonthier, Jean-Claude Viadère et  Bruno Leflanchec venu de métropole, vont non seulement créer une brèche monumentale avec une musique réunionnaise encore repliée sur ses anciennes influences, mais ils vont surtout inviter indirectement toute une génération à perenniser ce nouveau statut.

 » Oté Maloya « , une musique, une pratique traditionnelle se trouve personnifiée et dotée d’un pouvoir agissant sur les êtres, leur bien-être moral et physique. Cette conception de la musique, qui plus est rattachée à des fondements forts, et des racines dont la perception intérieure joue d’inextricabilité, comme entité consciente se retrouve particulièment dans les compositions de Carrousel. L’homme n’est pas l’origine de la création, mais c’est cette création même, sa volonté qui pousse l’artiste à son exaltation.

D’autre part, cette expression de douleur ( « ti fé mal a moin » ) dont la provenance reste assez obscure trouvera résonnance dans l’errance d’Alain Peters, demandant, adjurant la musique qu’il a tentée de sublimer toute sa vie de rester à ses côtés pour l’épauler : Rest’ la maloya, rest’ la maloya rest’ la minm !

Cet unique album ( La vie est un mystère ) rend bien compte de la fulgurance qu’était Carrousel.  7 titres pour redéfinir une histoire musicale qui a mis près de 200 ans ( voire plus ) à se forger, étourdissant n’est ce pas ?