Bei LING remporte le Prix Célimène 2020 

 

Belle et agréable soirée dans les jardins de la Villa du Département pour honorer les femmes, ce samedi 7 mars à l’occasion de la cérémonie de remise des prix du concours Célimène, présidée par la Vice-présidente du Département, déléguée à la Culture. Ce concours, organisé dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, est un événement attendu par les femmes artistes amateures. Cette année, 145 œuvres ont été reçues et le grand public aura le plaisir de les découvrir puisqu’elles seront exposées dans les salons de la Villa du Département du 9 au 27 mars, à Saint-Denis. Trois femmes d’exception ont été plus particulièrement honorées puisque trois prix sont remis lors de cet événement. Beaucoup d’émotion à l’annonce des résultats … et c’est pour son œuvre « Je t’aime Neal », que Bei Ling remporte le premier prix en catégorie peinture. Les deuxième et troisième prix sont respectivement attribués à, Lee Jenkins pour « Maintenant, je suis » en catégorie photographie et Lucella Grondin pour « L’Enfant intérieur », en catégorie peinture. Elles recevront chacune respectivement 3 000 euros, 2 000 euros et 1 500 euros sans oublier un bon d’achat de « Art et Toiles ». Soutenir la création artistique et la partager autrement avec le plus grand nombre A l’occasion de cette 16ème édition, 145 femmes – 120 en 2019 – concouraient. Elles se sont lancées dans toutes formes d’expression en présentant une œuvre originale et individuelle dans une des disciplines des arts visuels à savoir la peinture, la sculpture et la photographie. Au travers de leurs œuvres, ce concours permet aux femmes de sortir de l’anonymat, d’exprimer leurs émotions, de faire passer un message et de s’affirmer. Il offre également un espace d’expression et de diffusion, à travers l’exposition. La Vice-présidente du Département déléguée à la Culture a rappelé que l’art est un magnifique moyen d’expression des talents, mais aussi un vecteur essentiel de certains messages, notamment pour défendre la cause des femmes « Chaque année, les œuvres, plus belles les unes que les autres, sont aussi éloquentes par leur beauté que par la force des convictions qu’elles portent et défendent. Des convictions qui ont trait à la cause féminine, à la place de la femme de la société, ou encore à la question du harcèlement et des violences faites aux femmes. Le prix Célimène, c’est le prix de l’engagement au féminin car ces femmes ont su saisir cet espace d’expression, pour en faire une tribune de la cause féminine. Félicitations à elles. Nous tenons à saluer également le dynamisme et le volontarisme de nos collèges. 9 établissements ont participé cette année au concours Célimène Junior et pris part à une aventure formidable qui changera leur manière de voir l’art, la culture, et, surtout, de repenser leur manière de vivre le monde. Bravo à toutes et à tous ! » Sensibiliser l’ensemble de la société à la condition féminine, valoriser les talents de cette Réunion au féminin Soucieux de valoriser la culture, de révéler des talents et d’encourager l’expression des femmes artistes-amateurs, le Département a créé en 2005 le prix CÉLIMÈNE, en hommage à celle qui distrayait en chansons et en poésies, les voyageurs de passage dans son auberge de La Saline. Depuis sa création, ce concours a vu la participation de plus de 2 300 femmes et l’attribution de 56 prix !

Le Collège Jean le Toullec lauréat du Prix Célimène Junior pour son œuvre « La Célimène »

C’est en 2017 que le Conseil départemental ouvre ce concours aux classes d’arts plastiques des collèges pour impliquer les adolescents dans les réflexions liées à la cause féminine, par le biais d’une activité créatrice. Cette année, aucun thème n’a été retenu.   Il leur a donc été proposé de réaliser une œuvre originale et inédite. Cette année, 9 collèges se sont inscrits : Sainte-Geneviève de Saint-André, Joseph Suacot de Petite-ile, Terre Sainte de Saint-Pierre, François Mahé de La Bourdonnais de Saint-Denis, Célimène Gaudieux de Saint-Paul, Amiral Pierre Bouvet de Saint-Benoît, Ravine des Cabris de Saint-Pierre, Jean le Toullec du Port et La Marine Vincendo de Saint-Joseph.

 

Les arts visuels dans toute leur créativité

La marraine et présidente du jury de l’édition 2020 est Myriam Omar Awadi, une artiste franco-comorienne qui vit et travaille à La Réunion. À travers une pratique tournée vers divers médiums (dessin, vidéo, céramique, installation…), l’artiste développe une poétique de l’inaction, caractérisée par une esthétique ténue et une poésie du langage, jouant notamment sur la notion d’écriture et avec divers mondes sémantiques (du populaire au savant). Ses dernières recherches autour de la question du discours à l’œuvre dans le milieu de l’art et de la médiation culturelle et du texte en tant que matière plastique l’ont amenée à explorer d’autres champs liés aux pratiques performatives et à la mise en scène. Myriam travaille également dans le spectacle vivant en tant que scénographe et conceptrice lumière. Elle enseigne les pratiques performatives à L’École Supérieure d’Art de La Réunion et coordonne le master 1 (Dnsep Art).

Présentation de l’œuvre lauréate : « Je t’aime Neal »

L’art, dans sa capacité à relier des mondes entres eux, visibles et invisibles, détient parfois un pouvoir presque magique, ensorcelant…Quelque chose dans l’œuvre que nous regardons et qui nous regarde, nous fascine, nous saisit, on ne sait pas encore pourquoi mais le choc est définitivement réel et physique, l’œuvre nous traverse sans que l’on s’y attende. C’est un peu ce que produit la peinture sélectionnée par le jury de ce concours dédié à la création de femme artistes amateures : une fascination. Une fascination qui réside peut-être dans un mélange des genres tout à fait surprenant, art classique et religieux, culture populaire et kitsch (d’ailleurs longtemps méprisée par la culture d’élite), touche impressionniste, palette de couleur fraîche et pétillante… association détonante qui produit en nous l’impression d’une étrange familiarité. Une œuvre comme une déclaration, « je t’aime Neal », d’un amour tendre que l’on devine résolument maternel, pour cette figure de l’enfant ici asexué, ni homme, ni femme, dont la carnation presque fluorescente, extraordinaire, « extrahumaine », renvoie quelque part à la figure de l’ange. Figure d’un être en devenir, aux fabuleux potentiels, protégé encore de toutes assignations, qui interroge quelque part notre capacité d’être, entier, au monde. Œuvre qui met en lumière, par l’amour maternel qui en découle et que suggère le titre, des caractéristiques de tout temps, associées à la maternité, à la femme qui, parce qu’elle accouche, allaite, berce, soigne, console, élève et donne ainsi à l’enfant ses premières leçons d’humanité, détient une connaissance profonde de nos réalités qui, comme l’évoque Marguerite Yourcenar, manque cruellement à nos sociétés. Prendre soin d’un enfant, c’est prendre soin de la femme, de l’homme du futur et du monde à venir. Et c’est quelque part, ce qu’interroge cette œuvre, ce « je t’aime Neal ».

Crédit photos : Bruno Bamba (Com CD)

 

QUI ÉTAIT CÉLIMÈNE GAUDIEUX ?

Marie Monique, dite Célimène, est née à Saint-Paul le 20 avril 1807. Elle est la fille de Candide, une esclave créole. Deux mois après sa naissance, elle est achetée, avec sa mère, par un cultivateur de La Saline, Louis Edmond Jean (ou Jeance). Affranchie le 14 novembre 1811, en même temps que sa fille, Candide épouse Louis Edmond Jeance le 26 avril 1830. Ce dernier, né à Saint-Paul le 28 septembre 1789 est lui
aussi d’origine affranchie. Le 3 octobre 1839, Célimène épouse un ancien gendarme, Pierre Gaudieux, âgé de 24 ans et originaire de la Dordogne. Le couple s’installe à la Saline, sur la route de Trois-Bassins, où ils tiennent une auberge, relais d’étape entre Saint-Paul
et Saint-Leu. C’est le lieu de rendez-vous des voyageurs qui empruntent la route nationale reliant le nord au sud de l’île. La muse de Trois-Bassins .Dans son auberge baptisée « Hôtel des hommes d’esprit, les imbéciles doivent passer sans s’y arrêter », Célimène distrait les voyageurs, par des chansons souvent composées à partir de ses propres poèmes, qu’elle interprète en s’accompagnant de sa guitare. Célimène est une femme d’une vive intelligence. Elle écrit aussi bien en vers qu’en prose, en français et en créole, ce qui est très méritoire, car elle n’a pas fréquenté l’école en raison de son statut d’esclave. On ne saurait dire cependant que Célimène relève du génie poétique. Ses vers sont dit- elle « à tort et à travers ». Sans césure, ni élision, ils riment seulement pour l’oreille. Sa renommée dépasse bien vite le cadre de son village de La Saline. Les voyageurs venant de Saint-Denis ou de Saint- Pierre ne manquent jamais de s’arrêter chez elle. Symbole de la poésie populaire réunionnaise, Célimène s’éteint à Saint-Paul le 13 juillet 1864.