Tiloun la kass in poz !

C’est avec grande peine que La Réunion se réveillait le lundi 6 juillet 2020 après l’annonce de la disparition de « Monsieur » Ramoune, un maloyèr-fonnkézèr, dont la voix manquera à jamais aux amateurs de maloya.  On ne fera pas lumière aux « rendeurs » d’hommage de dernières minutes, celles et ceux qui d’ordinaire ne fréquentent pas les artistes, si ce n’est en période d’élections. On sait que Tiloun était un marmay la kour La Source, un dada, un référent pour les plus jeunes, un repère pour bon nombre de dionysiens, un bon vivant, un sympathique personnage, toujours avec un mot pour kass la kui. C’était surtout un poète créole, passeur de tradition orale, volontiers partageur. Ses opus « kass in poz » (2011) et « konfidans’ » (2019) l’avaient placé sur la scène des grands maloyèr. Sa notoriété n’enlevait toutefois pas son habituelle humilité, lui qui pensait ne pas être à la hauteur des grands poètes réunionnais.  Il savait encourager les jeunes artistes en devenir. Pour ma part, il a été, une fois, mon seul public dans une salle qui aurait dû être, selon l’organisateur, archipleine. Il a tenu à ce que le concert se tienne, même sans public. Sans blague aucune, « amoin, toutefason, dizon mi fé le poi in pùblik an antié » me disait-il avec son autodérision habituelle. On savait son combat contre l’obésité. Ces dernières années, c’était un sujet on ne peut plus sérieux, qu’il abordait avec tout un chacun sans la moindre retenue. Et pour cause ! Il témoignait souvent, notamment lors des journées européennes de l’obésité, recommandant aux personnes atteintes d’obésité de se faire opérer. Il s’apprêtait d’ailleurs à nous livrer des conseils dans un ouvrage entièrement dédié à cette problématique sanitaire à La Réunion. La Réunion perd un zarboutan, un potomitan, une valeur sûre du maloya. Que sa voix ne s’éteigne jamais dans nos cœurs !

    Babou B’Jalah