Jimmy Cadet revisite un genre traditionnel de l’histoire de la peinture : la nature morte. Il s’empare des éléments de la vie intime et domestique pour dresser un portrait ambivalent de la société réunionnaise. En ce sens, il travaille la dimension critique et politique d’un genre artistique habituellement affilié, selon les mots de Matisse, au luxe, au calme et à la volupté. La société réunionnaise y est perçue de l’intérieur. Les natures mortes sont composées de fleurs, de bouteilles en plastique, de cannettes de sodas, de boîtes de médicaments, de crânes d’animaux, de bougies, de bidons ou encore de vaisselle en porcelaine raffinée. Il fait dialoguer des éléments élégants et bourgeois, avec d’autres motifs nous envoyant à différentes formes d’addictions et à un mal-être sous-jacent. Deux réalités sociales cohabitent au sein d’un même espace, d’une même composition. Cette promiscuité engendre des tensions accentuées par d’autres éléments perturbateurs et intrusifs. Sous les natures mortes apparaît une autre réalité : des nappes déchirées, des amas de peintures qui interfèrent avec les éléments sophistiqués, des coulures, des tubes, des projections et des agrégats de câbles électriques. On observe également des départs d’incendie ou des explosions de matières sombres. Cette vie souterraine indique une menace imminente, une défaillance et une profonde inquiétude. Jimmy Cadet porte un constat critique sur l’avenir d’une société aux fondations fragiles. Une société sous perfusion, alimentée par des câbles précaires et bricolés, qui menace d’imploser à tout instant. Sous la fine couche du vivre ensemble idéalisé gronde les injustices et les failles d’un système caduc.

Julie Crenn

BIOGRAPHIE DE L’ARTISTE

Jimmy Cadet est né en 1972 à Saint-Pierre. Après un séjour de quinze années en métropole, des études et un métier tournés vers le traitement de l’eau, il décide de rentrer à La Réunion à l’âge de 26 ans et de changer d’orientation. Commence alors une période de rencontres artistiques, de questionnements, de lectures, d’errances qui l’amènent dans le nord de l’Europe et au Moyen-Orient. Ses premiers essais en peinture débutent pendant cette période. Ce n’est qu’à quarante ans que la peinture devient son véritable métier. Entre temps, il aura enchaîné de nombreuses activités professionnelles pour vivre.

Avec quelques expositions à l’étranger (Egypte, Syrie, Australie, Luxembourg, Belgique) et en métropole, de nombreuses autres sur son île natale, Jimmy Cadet poursuit ce qu’il désigne lui même comme le « livre des mutations » où viennent sans cesse dialoguer la tradition, les usages communs et les représentations.

Jimmy Cadet travaille aujourd’hui au Tampon, entouré de plasticien.e.s regroupé·e·s autour du projet La Box.

LA GALERIE OPUS

Jimmy Cadet est accompagné par la galerie Opus.
La galerie OPUS créée il y a maintenant 7 ans, vise à la promotion des arts plastiques dans la zone océan indien. Valorisant les artistes locaux, elle se déplace dans les communes, les espaces, les lieux divers, pour mettre en lumière la richesse culturelle de l’océan indien. Mobile, vagabonde, elle se joue des lieux, en essayant de chercher de nouvelles émotions, de nouvelles énergies et émotions.
Olivier Poudou son fondateur, mixte les projets de location dans les entreprises, et les expositions des collections locales.

www.opusartreunion.com

Infos :

LieuLe Pavillon du Frac9 août – 23 août 2020Horairesmercredi, jeudi, samedi et dimanche de 14h à 18h
visites groupe sur réservation OPUS 06 92 82 11 08Vernissagesamedi 8 août 2020, 18h