La boîte à voyager dans le temps

Animé par la volonté d’accorder passé et présent, Lionel Lauret a pris l’initiative d’aménager un espace nomade d’échanges et de découvertes. Avec la complicité de l’iconothèque, l’artiste a fait le lien entre l’Histoire et ses aspirations artistiques pour un résultat authentique. Le retour aux sources est au cœur des productions de Lionel Lauret. Touche-à-tout, le Réunionnais de 48 ans qualifie son univers de protéiforme : peinture, sculptures, scénographie, vidéos… tous les moyens sont bons pour valoriser les richesses du patrimoine local. Après le baccalauréat, Lionel intègre l’École des Arts décoratifs de Strasbourg avant de parcourir l’Europe. Fort de cette ouverture au monde, il revient 5 ans plus tard sur l’île et expose aujourd’hui au sein de plusieurs galeries. Audacieux, l’artiste n’hésite pas à mélanger le jeu et la religion. Sur l’un de ses tableaux, un playmobil côtoie la Vierge au Parasol. Sa fascination pour les ancêtres l’amène également à la création de « peaux d’âme ». L’idée, faire émerger une présence forte et symbolique de ses toiles. « Je dessine souvent des femmes que je considère comme nos ancêtres. Elles nous observent et nous inondent de leurs émotions », s’émerveille Lionel.

L’art nomade

Pour sa résidence, l’artiste voit les choses en grand et décide d’inverser les rôles. L’art se déplace et part cette fois-ci à la recherche de son public. Alliant héritage et voyage, Lionel élabore alors une boîte iconomade, transportable et grandeur nature dans laquelle il est possible de s’immerger. A l’intérieur, des images anciennes de peuples et de lieux, puisées dans les réserves de l’iconothèque de l’océan indien, doivent y être projetées. L’objectif est d’exposer la structure aux 4 coins de l’île. « On ne valorise pas assez les images de l’iconothèque. L’absence de filtre rend les gens beaux et forts. On peut juste être fiers ! ». En procédant ainsi, Lionel a une idée en tête : sensibiliser le public. Des rencontres provoquées, des photos grand format, une adaptation sonore et un soupçon de « bling-bling » ont été imaginés. Avant que l’iconomade n’entame son périple, une première présentation du projet de Lionel est prévue pour le 20 décembre au musée de Villèle, à l’occasion de la célébration de la fin de l’esclavage. « Au-delà de la culture, ce sont nos racines ».

Texte / Mansard Maeva

Photos Thierry Villendeuil

 

Présentation de Lionel Lauret :

Né à La Réunion en 1972, Lionel Lauret est diplômé de l’École des arts décoratifs de Strasbourg. Il invente des Univers multimedia protéiformes. Ses supports et ses pratiques sont divers : peinture, dessin, installation, vidéo protéiforme, scénographie, design. Son lexique est mythologique, poétique, technique, électronique ; son oeuvre est le long poème, amoureux et inquiet, de nos doutes et nos excès. Il met en place des installations, lieux de rencontres privilégiés où se côtoient, le magique et l’imaginaire, l’esprit du jeu, du rêve et de la poésie. La couleur est l’élément moteur d’un langage pictural dynamique et sensible. On rentre facilement dans son univers plastique, techno- tendre et hétéroclite : des divinités classiques y croisent des personnages de dessins animés, des visages aux couleurs de l’enfance observent des dispositifs agmatique, est d’offrir à une humanité fragmentée des moments partagés et des lieux propices aux rencontres singulières. Chacune des créations que j’ai révélées m’ont permis d’ajouter un nouveau paragraphe au récit artistique et personnel que j’entreprends d’écrire, m’inspirant de la cosmogonie de La Réunion, essayant de construire sans cesse un univers esthétique et poétique qui apporte du sens, des supports à la réflexion ancrés dans notre réalité insulaire et offrant une vision dans laquelle je souhaite plonger mes contemporains. J’ai dans le cadre de mon parcours artistique travaillé sur de nombreux projets en liens avec L’iconographie et l’histoire de l’océan Indien. Ainsi dernièrement, je projetais de la lave en fusion sur l’eglise de Sainte Rose je faisais revivre des dinosaures hurlant de rage sur la façade du Muséum d’histoire naturelle du Jardin de L’Etat ou me replongeais dans les gravures de Roussin pour raconter la vie de nos ancêtres sur la Maison St Charles de Saint Pierre. Les traces aujourd’hui conservées à L’Iloi permettent de faire voyager ceux qui ont la chance de côtoyer ces précieux documents. A travers mes créations, mon souhait a toujours été de continuer cette entreprise en utilisant les moyens de notre époque afin de proposer des voyages artistique, poétique et historique en leurs apportant une dimension spectaculaire.

RÉSIDENCES « PATRIMOINE ET CRÉATION »

Pour la troisième année consécutive, le Département a mis en place des résidences d’artiste. Ce dispositif vise à démocratiser le patrimoine réunionnais et à dynamiser les lieux culturels de l’île. Une dizaine d’artistes ont pu tout au long de l’année, avec l’aide d’une bourse de création accordée par le Conseil Départemental, développer un projet artistique à destination du public. Le musée de Villèle, l’iconothèque ou encore les archives départementales font partie des endroits concernés.