Persévérance, curiosité insatiable et autodidaxie qualifient l’artiste Kako. Ses choix personnels et professionnels l’ont progressivement amené à exploiter sa veine créatrice. Le Musée Léon Dierx abrite aujourd’hui le fruit d’une longue réflexion artistique. 

Baigné depuis son plus jeune âge dans un milieu agricole, Kako n’a pas oublié les acacias, les géraniums et le vétiver bordant sa kaz familiale à Mont-Vert les Hauts. Le Saint-Pierrois se souvient également de ces trajets en voiture durant lesquels « on regarde par la fenêtre et on voit défiler les paysages et les arbres » à vive allure. Le fil conducteur de son travail s’apparente à la présence de l’Arbre. Au collège, l’artiste prend plaisir à peindre et à dessiner. Il se prédestine ensuite à une carrière dans le domaine de l’agro-industrie. En parallèle de son activité, Kako fréquente régulièrement la galerie Mengin, située à l’époque au Tampon, et apprécie les vernissages qui y sont organisés. A partir des années 90, plusieurs personnalités commencent à graviter autour de ses créations. Lorsqu’il découvre la figuration narrative, la figuration libre et « les grands maîtres de la peinture contemporaine », son cheminement artistique prend sens. Des œuvres de Picasso aux tableaux oniriques et mythologiques de Hugues Weiss en passant par le travail au fusain de George de la Tour, l’artiste réunionnais s’inspire et décide lui aussi de créer et d’exposer à la vue du public. Des rencontres marquantes comme Robert Labor et Hervé Di Rosa le conforteront dans cette envie de s’exprimer sur le plan artistique. « Je suis très curieux de tout ce qui se passe, de ce qui se fait et de ce que les gens ont pu faire. Quand on n’a pas de formation artistique, il faut compenser par une grosse curiosité », ajoute avec conviction Kako. En établissant un lien entre l’art et l’agriculture, la production de l’artiste débouche sur une « art-griculture », symbole de fusion entre démarche économique et démarche artistique.

« Faire l’éponge »

Kako multiplie les expériences et s’enrichit sur le plan culturel. Saisir chaque opportunité lui a permis de rencontrer des artistes venus d’horizons divers et variés. S’il a déjà participé à des workshop planifiés sur un court laps de temps, Kako apprécie la longue durée des résidences établies par le Département. Pendant près de dix mois, le quinquagénaire consolide les bases de son projet en se familiarisant avec le Parc National et l’Office National des Forêts (ONF). Il a notamment procédé à la découverte de la profession de bardeautier et s’est initié aux méthodes de fabrication du charbon. Avant d’entamer une création, l’artiste estime que l’étape pionnière consiste à « faire l’éponge pendant 95 % du temps » ; après s’être imprégné de lieux symboliques tels que le Maïdo, le projet de Kako aboutit finalement à l’installation « Piédbwa ». Piedbwa résulte de la reconstitution symbolique d’une forêt de bois de tamarins, espèce endémique de l’île menacée par  les incendies de 2011. Une deuxième installation se matérialise par des troncs plus gros, couchés, « avec des vertèbres métalliques ». Complétée par une projection sonore, le spectateur est transporté dans un environnement dans lequel se pose la question de la « destruction, de la reconstruction et de la reconstitution ». Encre, fusain et charbon sont ensuite utilisés pour la réalisation de polyptyques. Atmosphère de fin du monde, ambivalence du jour et de la nuit, imaginaire incendiaire, « crépuscule des Dieux » et « Arbre carbone » composent les tableaux de Kako. L’ensemble du projet est exposé au Musée Léon Dierx jusqu’au 4 avril 2021. 

Texte Maeva Mansard

Photos Bruno Bamba ( conseil départemental ) 

 

Kissa i lé Kako ?

Il est né en 1963 à Mont Vert les Hauts. Amoureux de la nature et proche de la terre, il est fasciné par les arbres. Sur ses premières toiles, les arbres s’imposent, troncs dénudés derrière lesquels apparaissent des scènes de vie. L’exposition Etadam qui lui est consacrée en 2000, en duo avec Nathalie M, et le livre édité à cette occasion révèlent ce jeu subtil. Jeu de cache-cache ou distanciation, l’Arbre s’interpose entre le spectateur et des instantanés de la vie quotidienne ou de scènes inspirées de la mythologie, comme dans la série bleue de 2006. Son travail s’enrichit de sa rencontre avec l’artiste américain Hugues Weiss, dont la peinture onirique propose des voyages imaginaires dans le monde réel du rêve et du cauchemar. Les longs échanges dans l’atelier parisien avec l’artiste et sa femme, photographe, influencent sa peinture. L’image de l’Arbre continue à occuper une place centrale dans sa recherche artistique. Arbre généalogique, Arbre à palabres, Arbre de la liberté, Arbre sacré … les contradictions de la mémoire image et du temps. l’Arbre nait, vit et perdure, personnage immobile, soulignant la schizophrénie de nos vies modernes. C’est ainsi que nait la série 7 jours à New York. En 2009, il rencontre Hervé Di Rosa, l’un des principaux artisans de la Figuration libre, avec qui il noue des relations amicales. Son univers graphique très coloré le séduit et les différentes rencontres qui suivront influenceront sa démarche Picturale. Fil conducteur de ses créations, l’Arbre est aujourd’hui au cœur du tour des origines d’un nouveau monde. Depuis 2010, Kako a entrepris une réflexion autour des contrées racines d’un nouveau monde, qui peut être La Réunion ou un monde demain. Reprenant l’expression du philosophe Emanuele COCCIA selon laquelle « il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a l’arbre à l’origine de toute expérience », et à partir des images originaires de Chine, d’Inde, de Madagascar … , il développe une recherche autour de l’identité multiple et nos différentes appartenances.