Alors que les salles sont toujours fermées au public, l’Institut du Monde Arabe a fait le choix de maintenir sa programmation pour l’édition du printemps du festival Arabofolies. Tout en préparant un plan B, l’établissement culturel veut croire en la possibilité d’une édition en mars.

Obstiné-e-s ! Voilà un nom de circonstance pour l’acte VI du festival Arabofolies qui doit s’ouvrir le 28 février à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris. Ce rendez-vous saisonnier, revient normalement trois fois dans l’année, à l’automne, au printemps et à l’été. L’acte V, prévu en octobre a été annulé mais la direction de l’IMA compte bien tenir celui de mars. « Par principe, nous sommes tenaces. Nous nous saisissons de toutes les possibilités de tenir des rencontres entre les artistes et le public » assène Marie Descourtieux, directrice de l’action culturelle de l’IMA. « Pour l’instant, on y croit » poursuit-elle.

Réaliste sur les risques d’annulation, l’établissement culturel veut malgré tout se projeter et se mettre en capacité d’organiser un événement en cas de réouverture des musées « parce qu’il est important pour tout le monde, psychologiquement et professionnellement, d’avoir un horizon » explique la responsable de l’Institut.

ÉDITION FÉMININE

Chaque année, l’édition printanière se clôt le 8 mars, journée internationale du droit des femmes. Cette année, l’Institut veut mettre en valeur « les palpitations qui animent les femmes du monde arabe aujourd’hui » explique Marie Descourtieux.
À l’IMA, « on construit d’abord la programmation artistique. Après seulement, on cherche le fil qui relie les artistes entre eux » assure-t-elle.

Il n’empêche, entre divas et jeunes talents, la programmation des huit jours du festival sera presque intégralement féminine. Emel Mathlouthi, égérie du mouvement tunisien de 2011, viendra présenter son album « the Tunis diaries » composé pendant le confinement.
Il accueillera également Meryem Aboulouafa et Djazia Satour dans une thématique résolument contemporaine.
C’est la soul acoustique matinée de jazz de la chanteuse marocaine Oum, qui viendra clore cette édition 2021.

Ce festival « des arts et des idées », ainsi qu’il se nomme, est centré sur la musique, mais il accueille également du cinéma : cette année, une projection de « Nardjes A », un film documentaire réalisé en 2019 par Karim Aïnouz sur le mouvement du 8 mars en Algérie et une soirée débat consacrée à l’avocate Gisèle Halimi.

La programmation fait aussi la part belle à la jeunesse avec une soirée dédiée aux jeunes talents.
L’Institut prévoit d’accueillir Khtek, jeune rappeuse marocaine aux millions de vues sur « YouTube ». La jeune femme, dont le nom signifie « Ta sœur » en arabe, s’impose comme une figure incontournable du rap marocain. Avec des textes engagés et sans langue de bois, le concert prévu à l’IMA sera son premier en France.

En première partie de cette soirée du 3 mars, le « Mahraganat » sera mis à l’honneur.
Cette musique électro née dans les rues du Caire, en Égypte, est jouée dans les boîtes de nuits et les fêtes populaires. Née au début des années 2000, elle est emblématique de la révolution du printemps 2011. Ses paroles crues témoignent du quotidien de la jeunesse égyptienne et de sa volonté de liberté. Jugé trop « grossier », il a été interdit en 2020 par le gouvernement égyptien. À l’IMA, on se réjouit de « mettre en valeur cette jeunesse, de présenter ce qu’elle a d’inspirant, de voir ce dont elle s’inspire ».

PLAN B

Si les équipes gardent l’espoir et se préparent à tenir le festival en mars, elles doivent s’adapter aux contraintes sanitaires. La traditionnelle soirée électro « Arabic sound system » en a déjà fait les frais. Elle a été annulée. « Nous pouvons nous adapter au couvre-feu, aux demies jauges, mais pour cette soirée, une configuration assise n’a aucun sens » explique Marie Descourtieux.

Les équipes travaillent aujourd’hui à différentes adaptations. Aucun horaire n’a été fixé et les contraintes sanitaires déjà expérimentées en octobre doivent être renforcées.

Autre conséquence de la crise sanitaire, la mobilité des artistes est d’autant plus difficile en cette période. « Compte-tenu des pays avec lesquels nous travaillons, faire venir les artistes est toujours compliqué » détaille la directrice de l’action culturelle. « La crise renforce évidemment cela. Nous nous sommes adaptés et les artistes programmés vivent majoritairement en Europe ».

Si finalement, l’envie se heurte à la réalité et que le musée ne peut rouvrir en mars, l’IMA a d’ores et déjà prévu de reporter le festival à la deuxième quinzaine de juin. « Tous les artistes ont booké les deux dates » explique Marie Descourtieux. Elle promet un mois de juin « exceptionnel » : deux éditions d’Arabofolies à la suite englobant la fête de la musique. Même si juin risque d’être très chargé cette année, la directrice de l’action culturelle de l’IMA est persuadée que le public sera au rendez-vous « parce que le besoin de culture est très fort ».