Dessinateur dans l’âme, Fabrice Urbatro a toujours eu la fibre artistique. L’illustration devient très vite son terrain de jeu. Sa résidence d’artiste lui a permis de s’imprégner de l’atmosphère du musée du sel, d’étendre son imaginaire ludique et d’allier dessin et pédagogie 

Les comics américains marquent dès l’enfance Fabrice Urbatro. Émerveillé par les supers-héros, l’artiste s’immerge inlassablement dans l’univers Marvel. « Je suis un grand lecteur de bandes dessinées depuis tout petit », se remémore l’illustrateur. En plus des BD, ses propres dessins ornent les étagères de sa chambre d’enfant. Sa scolarité au collège lui permet d’étoffer ses connaissances culturelles et de découvrir d’autres moyens d’expression artistique. Peinture classique acrylique et créations sur grandes toiles achèvent de le mener vers la voie de l’illustration et de la création. L’une des BD imaginée par Fabrice Urbatro, alors adolescent, finit par attirer l’œil aiguisé de Boby Antoir, rédacteur en chef du fanzine le Cri du Margouillat, spécialisé dans la BD locale. Fabrice Urbatro intègre dès lors le fanzine et est publié pour la première fois à l’âge de 14 ans. L’artiste entame ensuite des études d’arts appliqués au lycée de Saint-Pierre à Terre Sainte avant de compléter son cursus scolaire par l’école des Beaux Arts du Port. « Me détacher de la BD m’a permis de voir autre chose, de faire preuve d’ouverture d’esprit et de découvrir l’art contemporain. Ça m’a rendu service et j’ai pu progressé dans mon travail », reconnaît le dessinateur. Pendant quelques années, Fabrice Urbatro met entre parenthèse la création de bandes dessinées et se consacre au graphisme. Le quadragénaire évolue dans la communication visuelle avant de plonger à nouveau dans ses premiers plaisirs. Le tome 1 de sa BD Nèfsèt kat sort en 2009. L’album illustre les transformations de la société réunionnaise à travers les yeux d’une jeune fille prénommée Gaby. 

Un choix du cœur 

Le musée du sel est un choix du cœur pour l’auteur. Le site met en valeur les rouages de la production de sel local. La volonté pour Fabrice Urbatro de faire sa résidence dans un environnement familier l’a encouragé à se diriger du côté de Saint-Leu, ville dans laquelle il a passé son enfance. « J’avais envie de faire quelque-chose par rapport à la BD. Le but initial était de s’immerger sur le site afin de créer une BD à propos du sel, de la zone géographique ou du musée lui-même ». Pendant plusieurs mois, l’auteur développe son projet autour de la création d’une fiction basée sur la naissance des famines dans les années 40. Art et éducation se rejoignent puisqu’il s’est également penché sur la conception d’un livret pédagogique à destination du corps enseignant. « Le musée du sel doit ré-ouvrir prochainement. Pour les enseignants qui viendront visiter l’endroit avec leurs élèves, un livret explicatif lié à la ré-ouverture du site et à l’exposition thématique qui s’en suit sera mis à leur disposition », développe Fabrice Urbatro. Fidèle à l’univers « Nèfsèt Kat », les inspirations de l’artiste tournent autour des scénarios américains et des illustrations italiennes. Les aléas de la covid ont retardé l’échéance de la parution des deux albums, initialement prévus pour le mois de juillet 2020. Le résultat final devrait être présenté d’ici fin janvier 2021 au musée du sel.

Texte Maeva Mansard

Photos DR

Biographie de Fabrice Urbatro

Graphiste et auteur de bande dessinée français né en 1978 à La Réunion, il est l’auteur d’une série en 3 tomes intitulée Nèfsèt Kat qui traite du retour au pays d’une jeune Réunionnaise confrontée aux mutations de la société réunionnaise sur fond de combats de moringue. Né dans le dessin et la BD, il a un parcours atypique : des cours d’arts plastiques intensifs au collège. Il dessine non-stop jusqu’à intégrer, très jeune, le fanzine Le Cri du Margouillat en 1992. Il poursuit en arts appliqués et communication graphique à Saint-Pierre et continue ses études à l’École des Beaux-Arts du Port jusqu’en 2002. Après avoir travaillé successivement dans le monde de la radio, de la musique et du dessin animé, il sort sa 1re bande dessinée : Nèfsèt Kat en décembre 2008 (Prix de la bande dessinée de La Réunion en 2012), suivi du 2e tome début 2010. Ce prix a pour vocation d’approfondir la connaissance de la bande dessinée des collégiens de 3e et des lycéens de 2de inscrits en lycée professionnel. Un de ses objectifs principaux consiste à donner le goût de la lecture et par là même contribuer à prévenir l’illettrisme. Il travaille également sur des projets d’albums jeunesse ici et là : Ousanousava Marmay ou Les grandes dates de l’histoire de La Réunion. En 2014, l’association REI OI propose une exposition pédagogique Parcours d’artiste retraçant son parcours sur les 20 dernières années pour un public de 2d et 3e cycle. Il intervient aussi régulièrement dans les écoles pour des sessions d’ateliers de bande dessinée et/ou d’écriture. Très porté sur l’enseignement, la transmission du savoir-faire et du partage de la passion du médium qu’est la bande dessinée. En 2014, il fonde avec Aurélie Cottin, le 1er magazine jeunesse à La Réunion : Babook magazine (6-12 ans). La plupart du temps, quand il ne dessine pas, il écrit et s’il n’écrit pas, il… dessine. Il est aussi maniaque de la chromatie et invente chaque jour une palette de couleur grâce à son logiciel de gestion de colorimétrie. Il continue la suite de Nèfsèt Kat – Tome 4 tout en peaufinant un projet de bande dessinée sur une île de La Réunion projetée en 2080.