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Delavallet Bidiefono 

« On ne danse pas pour rien ! » :son parcours engagé

Danseur et chorégraphe congolais, Delavallet Bidiefono dirige la compagnie Baninga et l’espace Baning’art à Brazzaville, et est à l’origine du festival Boya Kobina, qui a célébré sa 11e édition en octobre 2025. Dans cet entretien, il revient sur la construction de son parcours artistique, entre création, transmission et engagement social, ainsi que sur le rôle du programme Accès Culture, mis en oeuvre par l’Institut français et financé par l’AFD, dans le développement de ses projets et de ses collaborations locales. 

Vous êtes à la fois chorégraphe, directeur de compagnie, fondateur d’un espace culturel et d’un festival. Comment ces différentes activités se sont-elles construites et articulées au fil des années ? 

Pour moi, ces différentes activités forment un tout cohérent, qui s’est construit de manière très naturelle, étape après étape. J’ai d’abord créé ma compagnie de danse contemporaine, la compagnie Baninga, portée par la nécessité de disposer d’un lieu de répétition et de travail. À l’époque, au Congo, mon espace était le seul lieu indépendant entièrement dédié à la danse contemporaine, ce qui a impliqué un long travail de réflexion, de formation et d’accompagnement des danseurs. 

La transmission a toujours été au cœur de mon engagement : former les jeunes artistes, les intégrer à la compagnie, leur offrir un cadre de travail. C’est dans cette continuité que j’ai créé le festival Boya Kobina, avec le désir de mettre en lumière les talents et la créativité des danseurs congolais. Pensé comme un espace de fête et de rassemblement, le festival est une invitation à se retrouver pour célébrer la danse et, à travers elle, la vie. Boya Kobina signifie d’ailleurs « venez danser », une formule qui résume l’esprit de l’ensemble de mon parcours. 

La transmission a toujours été au cœur de mon engagement. 

Avec la compagnie Baninga et l’espace Baning’art, vous avez créé un lieu unique à Brazzaville, à la fois de création, de formation et de rencontre. Quelle vision du partage artistique guide ce projet ?

Le projet de Baninga et de Baning’art est avant tout guidé par une volonté de transmission et de partage. J’ai toujours eu le désir de transmettre mon expérience et de partager la danse avec les jeunes danseurs. La création de ce lieu répondait à une urgence très concrète : il n’existait aucun espace dédié à la danse contemporaine, alors même que je formais déjà des danseurs et dirigeais une compagnie. Baning’art s’est construit collectivement, pierre par pierre, avec les danseurs que je formais. J’ai choisi de l’implanter dans un quartier périphérique de Brazzaville, à Kombé, un territoire marqué par la guerre et la reconstruction. Installer un lieu de création dans cet espace relevait d’un geste fort : faire entrer la danse contemporaine dans un quartier où elle était inconnue, voire perçue avec méfiance. 

Au départ, il a fallu convaincre les habitants, les parents, les institutions, dans un contexte où la danse contemporaine était parfois assimilée à une forme de domination culturelle. J’ai tenu à défendre une autre vision : celle d’une danse comme espace de pensée, capable de transformer les regards et de participer au changement social. Très vite, le lieu s’est ouvert aux jeunes du quartier, aux enfants de la rue, à celles et ceux qui sortaient de la guerre. Baning’art est ainsi devenu un espace de création, de formation et d’accueil, mais aussi un lieu social, ouvert à tous, né de cette énergie collective et de ce désir d’offrir des alternatives par l’art.

Delavallet Bidiefono | © DR

Le programme Accès Culture, mis en œuvre par l’Institut français  et financé par l’AFD, a accompagné certaines de vos initiatives. En quoi ce dispositif a-t-il contribué au développement de vos projets et à la structuration du réseau culturel local ?

Le programme Accès Culture a joué un rôle décisif dans le développement de mes projets. Je tiens d’abord à souligner l’importance du soutien de l’AFD et de l’Institut français, qui ont cru en un projet ambitieux et atypique, Terre Kombe Danse que je porte en binôme avec Les Bancs Publics depuis 2020. Ce dispositif m’a permis de déployer des activités tout au long de l’année, à destination des danseuses et danseurs en formation à Brazzaville, mais aussi dans une démarche inclusive, ouverte aux habitantes et habitants du quartier de Kombé. L’enjeu principal était de créer du lien dans un territoire où la danse contemporaine était totalement inconnue. Grâce à Accès Culture, nous avons pu aller vers les habitants, dialoguer avec les familles, les chefs de quartier, les enseignants, et dépasser les peurs initiales liées à des incompréhensions culturelles et à l’histoire récente du pays. 

Le dispositif a également renforcé la structuration du réseau culturel local, notamment à travers le festival Boya Kobina. En accueillant des compagnies et des chorégraphes venus de différents pays africains, le festival a ouvert les regards, montré que ces pratiques s’inscrivent dans une dynamique internationale et offert aux publics comme aux danseurs une pluralité d’esthétiques, de gestes et de pensées. Aujourd’hui, cette ouverture se traduit par une appropriation forte des œuvres par les habitants de Kombé, parfois même plus engagés que les publics des salles du centre-ville. 

Boya Kobina est devenu un outil de transmission, autant artistique que sociale, à destination des jeunes danseurs comme des habitants du quartier de Kombé. 

Vous êtes également à la tête du festival Boya Kobina, qui a célébré sa 11e édition en 2025. Quelle place occupe ce rendez-vous dans le paysage culturel congolais et dans le dialogue entre artistes africains et internationaux ?

Le festival Boya Kobina est né d’un rêve simple : créer un temps de rassemblement annuel autour de la danse, un espace de célébration et de rencontre ouvert aux artistes congolais, africains et internationaux. Depuis le départ, l’enjeu est de faire dialoguer les esthétiques, les parcours et les générations, et de permettre aux artistes émergents de trouver une place et une visibilité, comme moi-même j’ai pu en bénéficier grâce aux rencontres faites, notamment à l’Institut français de Brazzaville.

Ce que je transmets aujourd’hui à travers le festival est directement lié à mon propre parcours avec les spectacles que j’ai vus, les chorégraphes que j’ai rencontrés et les opportunités qui m’ont été offertes. Boya Kobina est devenu un outil de transmission, autant artistique que sociale, à destination des jeunes danseurs comme des habitants du quartier de Kombé.

Après onze éditions, le festival occupe une place forte dans le paysage culturel congolais. Il s’est élargi, est devenu itinérant, a circulé dans plusieurs villes du Congo : Pointe-Noire, Dolisie et Nkayi. Grâce aux soutiens de l’Institut français et de l’AFD, le nombre de spectacles et de spectateurs a augmenté, et l’ancrage local s’est renforcé. Aujourd’hui, le festival est pleinement approprié par les habitants, les chefs de quartier et les autorités locales, qui le considèrent comme leur rendez-vous. Cet engouement génère aussi une dynamique économique et sociale, et nourrit désormais l’ambition de voir les institutions nationales s’engager davantage pour accompagner son développement et lui permettre de rêver encore plus grand. 

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