» Appartenances  » à la galerie du TÉAT Champ Fleuri du 24 septembre au 21 octobre.

 

Votre travail prend appui sur la culture créole et interroge la notion d’identité. Pourquoi ce titre Appartenances ?

La façon dont nous percevons le mot créole, ou culture créole à Maurice, est très différente de son sens sous-jacent à La Réunion. A Maurice ce terme est utilisé pour identifier ceux d’origine créole, qui sont de lignée africaine et qui se remarquent par la couleur de leur peau, ou pour désigner la langue créole. Alors qu’à la Réunion, ce mot renvoie au fait d’être métis ou insulaire ; et surtout, c’est un concept qui réunit les gens autour d’une identité commune. Mon objectif est donc d’aller au-delà de la simple exploration de l’identité créole : il est d’interroger la façon dont les identités se construisent dans des contextes de colonisation, de déracinement… Appartenances questionne la notion même d’appartenance, à travers des histoires partagées et la création identitaire.

Vos oeuvres s’inspirent aussi du quotidien et de gens ordinaires, vous pouvez nous dire quelques mots sur le protocole que vous avez mis en place pour Continuum ?

Continuum est un travail continu qui cherche à explorer les notions d’identité et de soi : j’ai entrepris d’étudier des personnes de différents pays et d’en faire à la fois mon sujet d’investigation et de les transformer en participants actifs au projet. Le projet a démarré pendant une résidence en Afrique du Sud en 2006, et depuis il a évolué avec des sujets de différents pays (Maurice, Liban,La Réunion, le Mali, les USA et les Chagossiens exilés). Ma démarche a été de chercher des gens d’autant de localités et cultures différentes et et de les réunir dans un même espace sur un pied d’égalité. Seuls leurs corps, leurs vêtements, leur couleur de peau et leur attitude, sont les seuls indices possibles de leurs origines.

Pour faire ce travail, je suis allée à la rencontre des personnes dans les rues de ces pays et je leur  ai demandé de poser devant ma caméra. A l’aide de ces images, je les ai ensuite méticuleusement reproduits en peinture. J’ai accompagné chaque sujet d’un double : un double nourri des complexités inhérentes à l’ego du personnage et à son altérité. Le fond a été laissé blanc pour garder ce champ libre à la représentation de l’habitat, de l’environnement social. Cet espace vierge représente aussi un espace de, liberté, d’espoir, qui permet de faire table rase des complexités ou des difficultés auxquelles sont confrontés les personnages. La toile devient ainsi un océan de possibles. Les personnages existent comme une affirmation de l’individualité de chacun, et par extension, comme l’affirmation de leur appartartenance à la société dans laquelle ils évoluent.

Si ce travail constitue d’abord un véritable témoignage de la façon dont les personnes s’inscrivent dans l’espace, ce processus permet également de réfléchir sur les idées de représentation et d’auto-représentation qui sont à l’oeuvre dans le fait de voir et d’être vu. Travaillant d’une manière photoréaliste laborieuse, j’ai tenté de réaliser une poursuite utopique en m’appuyant sur des processus de fabrication d’images, en m’appuyant également sur les notions d’inclusion et d’exclusion, de sorte que cela suscite le questionnement chez le spectateur.

Vous avez été en résidence à La Réunion, à la Cité des arts, vous connaissez bien l’île ? Comment cette résidence a-t-elle nourrit votre travail ?

J’ai été plusieurs fois à La Réunion pour des résidences et des expositions. La première en 2009 lors de la Biennale organisée par l’Ecole des Beaux Arts, qui m’a permis d’échanger avec les gens d’ici et de mieux comprendre comment s’entrelacent nos histoires communes. L’île de la Réunion m’inspire toujours beaucoup, je m’y sens à la fois chez moi et  en même temps ailleurs, comme une voyageuse. C’est un facteur important dans mon processus de création. Et puis, j’ai été fascinée, comme beaucoup de mes amis artistes contemporains d’ici, de travailler avec la riche collection de l’Iconothèque. Les photographies de « types » de Désirée Charnay, en particulier, m’ont beaucoup inspirée. On les retrouve comme sujets dans mes peintures, où j’essaie de ramener de l’humanité aux personnes qu’il a photographiées.

Enseignante et plasticienne, Nirveda Alleck est l’une des figures importantes de l’art contemporain à Maurice. Dans ces tableaux, elle peint avec un réalisme précis des personnages et des scènes de tous les jours. L’artiste y ajoute à ses compositions, des motifs, des éléments de décor, des trames inspirées des gravures anciennes.

Son travail a figuré parmi les 3 premiers retenus à la FNB Johannesburg Art Fair Prize, 2011. Autre prix : celui du “Soleil d’Afrique” en tant que lauréate de la Biennale de Dak’Art en 2010. Son œuvre appartient à une vaste série visible à la galerie Ben Urien Grande Bretagne, au National Arts Festival, Afrique du Sud (Analogue Eye) et Mannheim, Allemagne ainsi qu’au Dakar Martigny en Suisse et MAC VAL Museum en France, sans oublier son exposition à la Richard Taittinger Gallery à New York.

Parmi les œuvres à découvrir lors de cette exposition, un tableau où figurent des images de l’Iconothèque Historique de l’Océan Indien. Il s’agit de photographies d’hommes venus du Mozambique et de Madagascar. On y découvre aussi les portraits de Chagossiens qui furent injustement arrachés à leurs îles dans les années 60 pour être envoyer à l’Ile Maurice par le gouvernement Britannique. L’archipel des Chagos est alors devenu une base militaire pour les américains. Une question plus que jamais d’actualité puisque les Chagossiens espèrent toujours pouvoir retourner sur leur île.

Artiste majeure de l’océan Indien, Nirveda Alleck expose  » Appartenances  » à la galerie du TÉAT Champ Fleuri du 24 septembre au 21 octobre.

Photos DR

Exposition du 24 septembre au 21 octobre
Galerie du TÉAT Champ Fleuri
du mardi au vendredi de 9h à 12h30 et de 14h à 17h, et les soirs de représentations.
Source: https://www.teat.re ( Département de la Reunion )