Accompagnée par le FAIR et soutenue par l’Institut français pour le développement international de son projet, l’artiste Anaïs Rosso a multiplié en 2025 les scènes à l’étranger, de la Hongrie au Sri Lanka, en passant par l’Andorre et le Brésil. À l’heure où elle rejoint le label No Format, elle revient sur ces expériences marquantes, sur ce qu’elles ont changé dans son rapport à la scène et sur ses perspectives de création et de diffusion pour 2026.

Vous êtes lauréate 2024 du FAIR. Comment ce dispositif a-t-il concrètement accompagné le développement de votre carrière et votre professionnalisation ?
Ces dernières années, j’ai eu la chance d’être accompagnée par plusieurs dispositifs, mais le FAIR est de loin le plus complet. Il propose un suivi à la fois artistique, juridique et financier, avec une bourse, des résidences de création et un vrai travail collectif avec les autres lauréats. Il offre aussi des opportunités de tournée et de diffusion à l’international, ce qui m’a permis de faire voyager ma musique. En sortant du FAIR, on passe vraiment du statut d’artiste qui découvre le métier à celui d’artiste professionnel, conscient des enjeux juridiques, administratifs et contractuels. C’est un apprentissage essentiel, qui permet de mieux comprendre l’écosystème et d’aborder sa carrière avec plus de solidité.
En tant que lauréate, vous bénéficiez du soutien de l’Institut français. En 2025, vous avez fait plusieurs dates en lien avec le réseau culturel français à l’étranger. Était-ce vos premiers pas à l’international et comment votre musique a-t-elle été accueillie ?
Oui, on peut dire que c’étaient mes premiers pas à l’international. J’y suis allée sans vraiment savoir à quoi m’attendre, d’autant plus que ces dates étaient souvent accompagnées d’ateliers et de cours dans des écoles. L’accueil a été incroyable partout, et ça m’a confirmé que ma musique pouvait résonner bien au-delà de la France. Au début, je ne me sentais pas du tout légitime pour enseigner, mais ça m’a obligée à préparer, à m’adapter, et j’ai découvert que j’avais une vraie fibre pédagogique. Chaque pays avait son énergie, sa façon d’être, très réservée, par exemple, au Sri Lanka, beaucoup plus spontanée ailleurs, et j’ai appris à m’ajuster à ces contextes. Ça a été une expérience aussi formatrice qu’enthousiasmante.
Au départ, j’avais intégré de l’anglais et du français dans mes chansons, et j’ai réalisé que le français avait exactement le même impact à l’étranger qu’en France.
Vous avez joué en Hongrie, en Andorre, au Sri Lanka ou encore à São Paulo, en ouverture de la Saison France-Brésil 2025. Ces dates ont-elles modifié votre rapport à la scène, au public, ou même à votre propre répertoire ?
Oui, clairement, ces dates ont beaucoup renforcé ma confiance. Au départ, j’avais intégré de l’anglais et du français dans mes chansons, et j’ai réalisé que le français avait exactement le même impact à l’étranger qu’en France. Les publics ont accueilli mes chansons avec une grande générosité, partout, que ce soit au Sri Lanka ou en Hongrie. Ça m’a donné envie d’assumer pleinement un set majoritairement en français et de porter mon projet tel quel, partout dans le monde. Aujourd’hui, je me dis que si ça fonctionne dans des contextes aussi différents, c’est qu’il y a quelque chose d’universel dans cette musique. Ça n’a pas changé mon projet, mais ça m’a confortée dans sa direction, et ça m’a aussi ouvert le regard sur mon métier : transmettre, faire des ateliers, rencontrer d’autres cultures. J’ai vraiment eu le sentiment d’être “en mission”, et ça a élargi ma vision de ce que peut être la musique et de ce que ça veut dire représenter la France à l’étranger.

Lors de ces dates à l’international, y a-t-il un souvenir fort que vous aimeriez partager ?
Le voyage le plus marquant a clairement été le Brésil. Tellement marquant que j’ai décidé d’y retourner pour enregistrer mon album, avec l’accompagnement de l’ambassade de France et de l’Institut français. Là-bas, j’ai eu un sentiment très fort d’alignement, comme si toutes mes origines, françaises, congolaises, guadeloupéennes, convergeaient enfin au même endroit. J’ai eu l’impression qu’on s’est reconnus, le public et moi. Ces deux concerts ont vraiment changé la direction de ma vie et vont influencer mon art pour longtemps. La musique, les musiciens, leur gentillesse, cette liberté des corps et du langage… Le Brésil, pour moi, c’est un mélange de tout ce que je suis. Et c’est là-bas que j’ai décidé de continuer l’aventure et de faire naître mon premier album.

Vous étiez également programmée au MaMA Festival 2025, dans le cadre de la soirée de la Women Metronum Academy. Un festival avec lequel l’Institut français, le Centre national de la musique et le réseau culturel sont partenaires pour favoriser la présence de programmateurs étrangers. Comment s’est déroulée cette soirée et, plus largement, est-ce que cet événement vous a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement à l’international ?
Le MaMA est très important car tous les professionnels sont là pour “faire leur marché” et beaucoup de choses se jouent aussi dans les discussions après les concerts. C’est assez stressant en amont, mais, du coup, on donne tout sur scène. J’avais énormément travaillé pour cette date et ça a payé, puisqu’il y a aujourd’hui des pistes de programmation, notamment à Montréal et pour un festival de jazz en Afrique du Sud. C’est hyper encourageant et ça ouvre des horizons très différents. Et puis, grâce au lien avec l’Institut français et au réseau culturel, j’ai aussi découvert une autre dimension de ce métier : on représente quelque chose, on incarne une image de la France à l’étranger. Participer à ces échanges, rencontrer des ambassadeurs, m’a beaucoup marquée et inspirée. J’ai vraiment aimé cette idée de porter la culture française au-delà de la scène.
Vous êtes désormais signée chez No Format, label indépendant important pour de nombreux artistes singuliers et inclassables où la place aux rencontres musicales et aux collaborations a toujours été essentielle. En quoi cette nouvelle étape marque-t-elle un tournant pour vous ?
Bien avant de me lancer dans la musique, il y a sept ans, j’avais déjà dressé la liste de tous les labels, des majors comme Sony ou Universal jusqu’aux labels indépendants, et No Format m’avait tout de suite frappée. Je m’étais dit qu’il fallait choisir sa “famille” avant de laisser d’autres décider à ma place. J’ai vraiment tout regardé en détail, et No Format cochait toutes les cases : un label humain, exigeant, élégant, avec une vraie vision artistique. Je savais que ce serait difficile d’y entrer, que c’était une maison qui signait peu d’artistes, et je me suis dit : j’ai sept ans pour travailler et y arriver. Aujourd’hui, je suis extrêmement fière de rejoindre ce label. C’est une étape importante, une très belle porte qui s’ouvre, avec des perspectives nouvelles, d’autant plus qu’ils sont basés à Paris et à Johannesburg, ce qui ouvre encore plus mon horizon musical.
Ma priorité est la sortie de mon premier EP, Scandale au paradis, dont la sortie est prévue le 1er mai.
Après cette année 2025 très dense, quelles sont vos envies et priorités pour 2026, en termes de création, de diffusion et de développement à l’international ?
Ma priorité est la sortie de mon premier EP, Scandale au paradis, avec No Format. Le premier titre, Les Colombes, a été diffusé en mars, avant la sortie complète prévue le 1er mai. D’ici là, il y a aussi beaucoup de très belles dates qui arrivent, notamment à la Philharmonie, et d’autres concerts importants, avec un grand rendez-vous de fin d’année à la Maroquinerie pour fêter tout ça. En parallèle, je vais continuer à développer les dates à l’international. Et puis, l’objectif, c’est aussi de retourner au Brésil début 2027 pour poursuivre le travail là-bas, notamment autour de l’album. Tout ça est rendu possible grâce au soutien de l’Institut français, et j’ai vraiment envie de m’inscrire dans cette dynamique sur le long terme, entre création, diffusion et ouverture à l’international.






