Un zarboutan nout kiltir

 

Il faut croire que Sainte-Suzanne est le berceau de la culture artistique traditionnelle réunionnaise. Après une rencontre inoubliable avec le fils du Rwa Kaf, aujourd’hui nous avons rendez vous avec Claris, fils de Gramoun moringue, une des légendes du moringue de la région Est et de La Réunion. Certains disent que c’est un combat, d’autre une danse mais l’art du moringue c’est plus que cela. 

Ecoutons les souvenirs de celui qui a grandi naturellement au son du kayamb aux côtés d’un maître du moringue. Claris Siampirave nous parle de son père Bachelier plus connu sous le nom de Gramoun Moringue ou de Bachel. 

Un danseur de moringue c’est avant tout un artiste complet. 

Gramoun Moringue a reçu le titre honorifique de « zarboutan nout kiltir » en moringue. A aujourd’hui , 97ans, il habite le quartier des 3 frères , comme le Rwa kaf qui était son ami, son dalon et bien plus car ils ont tous les deux travaillé dans les champs ensemble. Père de 7 enfants, Gramoun Moringue était une source d’inspiration, beaucoup de jeunes sont venus le voir pour apprendre les fondements, les techniques de cet art pas toujours valorisé. D’ailleurs son fils nous explique qu’il aimait transmettre sa passion aux nouvelles générations, il a partagé avec eux sa vision des choses : « un combattant doit impressionner la foule, on bouge, on danse, il faut mettre le public dans sa poche, se battre avec élégance et amuser la galerie. Pour Claris, le moringue respecte l’autre 

Le maloya et le moringue c’est comme deux frères, les deux sont indissociables

Si les arts sont aussi proches l’un de l’autre, c’est surement parce que ce sont 2 piliers de notre culture. Pas de moringue sans rythme, sans musique, sans instrument. C’est cela qui donne le rythme, qui transcende la foule, les spectateurs, qui lance et ralentit le combat. Si Gramoun Moringue est un célèbre combattant, son fils lui est musicien. Un rôle essentiel dans le combat, un guide et un complice pour le combattant, c’est lui qui créée le lien entre les différents participants et surtout avec les spectacteurs, qui accèlere ou tempère la cadence selon le caractère des 2 combattants. Claris joue du doumedoume. Avec une cloche, ou un pot de peinture, un sati, le kayamb ou  le roulèr, il sait comment faire pour donner au combat de moringue toute son authenticité, toute son intensité. Si Gramoun Moringue n’était pas musicien, il faut quand même dire qu’il aimait chanter les tubes du moringue de l’époque mais aussi des romances créoles. 

La tradition se transmet de père en fils

Photos Thierry Villendeuil

Bachelier a appris avec son père le moringue, il venait de Magadascar. Le moringue était vivant, c’était à la mode. Mais Bachelier a aussi connu la sombre période de l’histoire de La Réunion où ni le maloya, ni le moringue n’étaient autorisés. Pas facile pour ce passionné qui a du se cacher, car c’était interdit de combattre au rythme du maloya. Il jouait dans des ravines, se cachaient des forces de l’ordre , une période difficile. 

Gramoun moringue a formé celui qui aujourd’hui est devenu celui qui enseigne le moringue aux les générations actuelles. Retenez bien ce nom : Jean Claude Calimoutou, pour son fils, cet homme est le descendant artistique de son père, un moringue authentique dans le style d’avant. . 

Si Claris parle avec autant d’affection de l’art de son père, il évoque au cours de notre rencontre son admiration pour ses deux fils qui pratiquent aussi le moringue, marchent sur leurs mains, qui connaissent leur histoire. Et qui selon Claris a même dépassé leur papa. Claris est le président de l’association Feysonges. De part ses activités, il partage son savoir-faire avec les élèves et les habitants de la ville quand il est dans son rôle de conteur. D’ailleurs si vous voulez connaître quelles annecdotes sur le moringue traditionnel, demandez lui de vous conter une histoire sur le sujet. Même si il ne cite pas son père, son enfance à côté de ce grand combattant : danseur, chanteur, showman, il y tire une forte inspiration et toujours un beau sourire.  

C’est aussi avec un amour pour la musique que Claris et son association Feysonges proposent aux Réunionnais de découvrir l’art de la fabrication traditionnelle du kayamb, sans clou mais avec de la corde et du choka. 

Le kayamb est un instrument transportable, pas aussi facile à manier mais tellement emblématique de notre île et inoubliable pour un bon maloya.