C’est le conte que vous pensez connaître et pourtant Gretel et Hansel est un formidable moyen de parler de la relation frère-sœur. C’est ce texte de Suzanne Lebeau que la compagnie Baba Sifon a porté durant le guétali 2020-2021, à travers treize lieux. 

« Si j’avais été l’aînée, je n’aurais pas été la même Léone, explique la fondatrice de Baba Sifon. Notre place dans une fratrie joue beaucoup dans ce que nous sommes. On ne nait pas frère ou sœur, on le devient ! » Pour aborder la question du lien fraternel, la compagnie fondée Léone Louis a choisi en 2017 un texte de la Québécoise Suzanne Lebeau, « Gretel et Hansel », inspiré du célèbre conte. La compagnie voulait une pièce adaptée aux écoles et aux médiathèques. C’est à l’occasion du guétali 2020-2021 que les acteurs sont allés à la rencontre des marmailles pour treize dates dans des écoles, musées ou associations de quartier.  Pour tout le monde, Hansel et Gretel est un conte des frères Grimm (il est en fait plus ancien) qui parle d’une sorcière et d’une maison en pain d’épice. « Suzanne a pris le conte comme point de départ, raconte Léone, elle s’en sert pour suivre Gretel depuis la naissance de son petit frère et dans la naissance de leur relation. Dans cette histoire, les adultes sont pleins de maladresse. » 

La lecture au centre. 

Autre aspect intéressant de la pièce, mise en scène par Daniel Léocadie : le choix d’une scénographie mêlant lecture, théâtre et conte. Les deux acteurs sur scène, Léone ou Cécile Hoarau et Florent Voisin alternent lectures et dialogues, s’apostrophent depuis un pupitre. Ce choix de mettre la lecture au centre n’est pas anodin, il répond à un monde où tous les enfants ne baignent pas dans la lecture. Là, l’écriture moderne permet de les toucher.  « Nous faisions essayer ce jeu aux enfants et c’était amusant de les voir nous imiter dans la lecture, se souvient Léone. C’est important qu’ils voient d’où vient l’essence du théâtre, c’est-à-dire du texte. » Lors des représentations, les artistes terminent toujours par un échange avec les enfants. Certains parlent de leurs frères et sœurs, disent qu’ils les aiment … ou pas. Il n’y a pas de langue de bois. « C’est génial de nommer les émotions, explique Léone. Nous ne sommes pas dans un monde où tout va bien et les enfants ont besoin de s’exprimer sur leurs sentiments, leurs colères. »

Avec l’opération Guétali, la troupe a été dans des écoles qui n’avaient pas vus d’artistes depuis longtemps avec la crise sanitaire. 

Née en 2004, Baba Sifon (nom créole de la poupée de chiffon) est née de l’envie de mélanger les arts de la parole : conte, théâtre et musique, un art qu’elle appelle le « kabar Laparol ». Le 22 mai, la compagnie est sur scène à 15 heures, au théâtre Lucet Langenier pour son conte musical « Grand-mère Kal / GMK ». Accompagnée du musicien David Fourdrinoy, Léone part en quête de la mystérieuse Grand-mère Kal, une thématique qui rappelle l’autre spectacle de la compagnie : Kala. 

Texte Nicolas Bonin

Photo DR