Le chanteur et parolier Thione Seck, l’un des « seigneurs » de la musique sénégalaise depuis une quarantaine d’années, est décédé dimanche à l’âge de 66 ans.

Le chanteur et parolier Thione Seck, l’un des « seigneurs » de la musique sénégalaise depuis une quarantaine d’années, est décédé dimanche à l’âge de 66 ans à Dakar, a-t-on appris auprès de son avocat, Ousmane Seye. « Il est décédé ce matin d’une maladie au centre hospitalier de Fann » à Dakar, a-t-il déclaré à l’AFP, confirmant une information de la presse sénégalaise.

Famille de griots

Thione Ballago Seck – de son nom complet -, était l’un des plus célèbres musiciens du pays avec Youssou Ndour, Omar Pène, Ismaël Lô ou encore son propre fils, Wally Seck, aujourd’hui l’un des chanteurs les plus populaires d’Afrique de l’Ouest. « Nous sommes tous consternés. Nous avons perdu un grand homme, un parolier, notre grand frère », a déclaré à des médias locaux le plus célèbre d’entre eux, Youssou N’Dour, après avoir réconforté la famille du chanteur à l’hôpital de Dakar où il est décédé dans la matinée. « Il ne fait pas dans la dentelle, il dit ce qu’il pense et puis c’est tout », a dit de lui son compère Omar Pène, sur la radio privée RFM. Ismaël Lô a salué « l’intégrité, la sincérité, la générosité et la piété » du musicien.

Né en 1955 à Dakar, il est issu d’une famille de griots wolof ce qui lui confère dès sa juenesse le droit de participer aux cérémonies et aux fêtes traditionnelles comme chanteur et percussionniste. Thione Seck d’ailleurs intègre comme percussionniste dans les années 1970 l’Orchestra Baobab, une formation adepte d’une salsa afro-cubaine à la sauce sénégalaise. En 1984, le chanteur forme avec son cousin un duo appelé Raam Daan, un groupe de pur mbalax, genre né de la rencontre entre plusieurs rythmes locaux, le chant, le funk, et parfois le reggae.

Première tournée européenne du groupe en 1987, qui se poursuit par la production de l’album Le pouvoir d’un coeur pur, suivi par le disque Dieulleull’année suivante. Mais il faudra attendre 1996 pour que Thione Seck sorte ses disques sous le label Syllart dont Orientissime (2005), album-concept encensé par la presse, enregistré entre Dakar, Le Caire et Bombay.

Sur ce titre il effectuait une plongée dans les musiques orientales, indienne et arabe, avec cordes, cuivres, oud, kanun, cithare et tablas. Thione Seck, élevé dans la tradition musulmane, y brouillait les pistes, entre chant wolof, gammes indiennes, mélopées arabes et le fameux mbalax, toujours là en filigrane. Parmi ses grands succès, sa discographie comprend également Allô Petit (2001) et Diaga (2010).

Les dernières années du musicien ont été ternies par une longue saga judiciaire dans une affaire de faux billets, qui lui a valu une détention provisoire de neuf mois en 2015. Début mars, la Cour suprême du Sénégal avait annulé toute la procédure à son encontre, a indiqué dimanche son avocat, Ousmane Seye.

Hommages à un « artiste héros d’une époque »

Les hommages se sont succédé au Sénégal dès l’annonce de la dispariton. Sur Twitter, l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall a salué le départ d’un « véritable monument la musique sénégalaise ».

« Thione Seck fait partie des artistes héros d’une époque. Libre, énergique, mélodique (…) , il a persisté dans la création, passant du traditionnel au moderne, bravant les écueils et l’incompréhension d’une société qui a peu cru à l’art comme mode vie et moyen de vivre », a tweeté l’ancien journaliste El Hadji Hamidou Kassé, actuellement conseiller du président Macky Sall pour les affaires culturelles.

Une foule de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de personnes, selon les images des médias locaux, a accompagné sa dépouille jusqu’au cimetière musulman de Yoff, une commune de la capitale, où il a été inhumé dans l’après-midi.

Source France TV info