Dans sa pièce « Téat Saret », Lolita Monga retourne en charrette vers l’agriculture lontan en quête d’une proximité avec le vivant, un voyage léger vers l’essentiel. Avec Guétali, la pièce a tourné sur une vingtaine de lieux.  Défendre une profession menacée, retrouver la nature, prendre son temps. Pour Guetali, Lolita Monga a voyagé avec Hermina Padre, Nathalie Plante et Olivier Corista, vers une vingtaine de lieux pour présenter son « Teat Saret » (théâtre charrette), une pièce militante.

Comment est né le Téat saret ?

Lolita Monga : La pièce trottait dans ma tête après une rencontre avec l’association de défense des agriculteurs de la Réunion et a été accélérée par le confinement. Ce projet était un pont entre une profession en difficulté et des propositions artistiques pour vivre de notre passion et continuer de rencontrer les publics. Ce projet est à la fois l’imaginaire d’un territoire rural qui se met en mouvement par choix et une caisse de résonance par nécessité, pour dépayser le théâtre et le sortir des murs. Pour notre groupe, il s’agissait de faire cohabiter exigence artistique et urgence démocratique. Faire surgir des récits collectifs dont nous avons tant besoin aujourd’hui. Le voyage en  charrette nous permettait  d’être dans ce temps-là. En réponse à un monde qui va trop vite, qui voit toujours plus grand, nous souhaitons revenir à échelle humaine pour être plus proche du vivant.

Pourquoi cette simplicité dans la mise en scène ?

L.M. : Notre théâtre fait en effet l’éloge de la simplicité. Il est dépouillé de tout artifice. On y trouve une simple lanterne, un masque, un costume, un chant acapella, une musique acoustique, un éclairage léger, le moins possible de technique et le plus possible de présence d’acteur et de poésie. Pourquoi ? Pour voyager léger, pour revenir à l’essentiel du théâtre , revenir à la simplicité de l’espace vide et créer un univers , inventer un monde avec ce que l’on a sous la main. L’origine du théâtre dans un monde surchargé d’artifices.

Quel souvenir évoque pour vous plus particulièrement cette nature dont vous parlez dans votre pièce ?

L.M. : Elle  m’évoque mes ancêtres agriculteurs, des souvenirs d’enfance d’une île pas encore bétonnée et la détresse d’un agriculteur de la Plaine des Palmistes.

Que vous a apporté la participation au Guetali 2020-2021 ?

Jouer ! Faire une « série » de représentations ! Rencontrer les publics, aller là où l’on ne vous attend pas en étant accompagnés financièrement. Des moments magiques de rencontres de cary partagés, d’ateliers, de sobatkoz avec les habitants dans des endroits où les gens vous reçoivent comme s’ils vous accueillaient chez eux. Des rapport authentiques, la richesse de la « parole domoun ».  On sort du rapport marchand pour entrer dans un échange humain.

Lors des événements, y-a-t-il des retours qui vous ont marquée ?

Plusieurs ! D’agriculteurs très émus nous remerciant de leur avoir donné la parole, de larmes essuyées, de spectateurs qui dans le jeu crient « c’est la vérité ça, voilà la vérité » de gens qui nous racontent leur faillite, leur vie. Des échanges de fin de spectacle très émouvants.

Comment la compagnie a-t-elle vécue la période sanitaire actuelle ?

Difficilement comme tout le monde mais avec l’espoir en se disant que ce moment était l’occasion de remettre les choses à plat, de revisiter nos métiers, de se reposer les questions de pour qui nous le faisons, pour raconter quoi du monde dans lequel nous vivons. Avoir envie de « faire commune » avec d’autres, d’être solidaires et dans le partage. L’occasion de créer un nouveau modèle culturel solidaire et durable pour notre île au plus près de la population et des projets des artistes.

Quels sont vos projets à venir ?

Je suis en résidence en Martinique avec une bourse de recherche artistique en mobilité de la Région Réunion et une aide de la DAC Martinique pour travailler sur le rapport à la terre et le Chlordécone (ndlr pesticide utilisé massivement dans les plantations de bananes) avec un auteur : Faubert Bolivar. Nous prendrons les chemins du festival d’Avignon en juillet avec le «poème confiné d’outre-mer » et en septembre répétition de «3 femmes et la pluie » à Nice et Paris avec le metteur en scène Laurent Fréchuret, le musicien Loya et l’équipe de la CiE. Le spectacle sera à la Réunion en octobre et nous repartons en décembre avec le TCO pour une nouvelle tournée de « Téat Sarèt » dans l’ouest. J’ai ensuite un évènement  autour du marronnage à Salazie (nous avons obtenu le Label et une aide de la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage pour le mois des mémoires). J’accueillerai de nombreux artistes à la M.A.P.EMonde à Mare à Poule d’eau. Après quoi nous allons jouer en métropole la nouvelle création en Février/mars à Lyon et Paris. C’est un planning riche et réjouissant !

Nicolas Bonin

Photos DR