Avec les deux pièces « Malsoufran » et « In domman pou marié », Lolita Tergémina a traduit et adapté « l’Ours » et « la demande en mariage » de Tchekhov en créole réunionnais, l’occasion de faire découvrir cet auteur classique à des publics peu habitués au théâtre, à travers le Guetali. « Qui aurait cru qu’il existait un pont entre la Russie du XIX e siècle et La Réunion contemporaine ! » s’exclame Lolita Tergémina. Avec sa traduction des pièces « l’Ours » et de la « demande en mariage » du dramaturge Russe Tchekhov, la compagnie Sakidi a créé ce pont, un pont au service du beau créole, qui a pu être présenté à l’occasion du Guetali 2020-2021. « J’ai choisi pour traduire le titre de parler de « malsoufran », explique Lolita Tergémina, c’est un mot ancien qui correspond à l’idée de ce personnage rustre, très en colère. La traduction « ours » n’aurait rien apporté puisque c’est le sens figuré en français qui est pris. En redonnant vie à un mot ancien, j’avais aussi envie de remettre au goût du jour une expression et de redonner au créole ses lettres de noblesse. » Pour cette traduction, Lolita Tergémina a été accompagnée par Jérôme Vellayodom et Carpanin Marimoutou. Cette courte pièce en un acte met en scène l’arrivée d’un rustre souhaitant être remboursé chez une veuve au caractère explosif. « Lors de la tournée, beaucoup de spectateurs pensaient que c’était une pièce que j’avais écrite, explique Lolita Tergémina. Il faut dire que le théâtre de Tchekhov, un de mes auteurs préférés, parle à La Réunion. Il raconte des histoires de voisinages, des amours impossibles. C’est très créole ! » La seconde pièce, elle, raconte les mésaventures d’un hypocondriaque souhaitant épouser une voisine. Le Guétali 2020 a été l’occasion pour la troupe d’aller au contact de publics peu habitués aux salles. Le passage à l’institut médico éducatif de Sainte-Marie a particulièrement marqué les acteurs. « Nous avons été très touchés de l’accueil, les jeunes se sont pris d’affection pour nous, se souvient Lolita Tergémina. Le matin, nous leur avons proposé des ateliers et l’après-midi nous avons joué devant eux. Le choix du créole facilitait la compréhension. C’était un plaisir de les voir, il y avait énormément d’interactions. Ils prenaient parti pour les personnages, riaient pleuraient. C’est dans des rencontres comme ça qu’on comprend pourquoi nous jouons. » Le guétali a eu un autre avantage pour la troupe. « Habituellement, les tournées dans l’île se limitent à un, deux, trois spectacles, constate Lolita Tergémina. Là, ça nous permettait de jouer en continuité. C’est extrêmement intéressant par rapport aux rôles. » Sur scène, aux côtés de Lolita, les acteurs David Erudel et Alex Gador. Née en 2005, la compagnie Sakidi a débuté dès le début avec une adaptation de Willliam Shakespeare avant de s’orienter vers un théâtre de répertoire qui voyage des classiques vers des textes plus contemporains comme Howard Baker ou Philippe Lechermeier. La compagnie a également joué en 2007-2008, une pièce de Didier Ibao « Somin la mer ».

Texte Nicolas Bonin

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