Mi aim mon maloya, Lo Rwa Kaf raconté par son fils

(Photos Thierry Villendeuil )

C’est sur le bord de mer à Saine Suzanne que nous avons rencontré Jean-Pierre BARIVOITSE, 61 ans, fils du Rwa Kaf. Vendredi 19 novembre, la ville de Sainte Suzanne célèbrera les 100 ans de naissance du Rwa Kaf de son vrai nom Gérose BARIVOITSE. Un événement qui aura lieu au Bocage dans la salle le Rwo Kaf dès 18H. 

Notre équipe y sera, nous attend à zot là-bas. 

Lo Rwa Kaf, un nom à jamais lié à l’histoire du maloya

Gérose BARIVOITSE est né le 18 novembre 1921 à la Ressource à Sainte Marie, avant de venir s’installer avec ses parents à Sainte-Suzanne. Il va connaître ainsi plusieurs quartiers : Cascade Niagara, la Renaissance, chemin des près afin de s’installer définitivement  chemin des 3 frères. Sainte-Suzanne : une ville où il travaillera comme journalier agricole. Ce surnom lo Rwa Kaf, c’est sa grand-mère qui lui a donné car il était fils unique. Le maloya c’est toute sa vie, dès son plus jeune âge, il grandit avec cette musique. Chaque samedi, après la paye, il retrouve sa famille pour chanter et évacuer le travail pénible de la semaine, une époque pas si lointaine. Chanteur de maloya le Rwo Kaf a pour instrument favori le bob. « Pour les autres il n’y a qu’un fil à cet instrument, mais lui le maitrisait tellement qu’on avait l’impression qu’ il y avait 20 fils et qu’il y jouait des accords connus de lui seul », nous confie Jean-Pierre. Conteur, tisaneur, il aimait aider son prochain, il faisait des « passe » : des massages afin de soulager ou de guérir les autres, « il concoctait lui-même ses tisanes à la maison avec ses propres produits, nous raconte son fils ». Il ne gagnait pas et ne demandait pas de sous pour cela. Père de 10 enfants, 5 sont encore vivants : 4 filles et 1 garçon qui seront présents à l’hommage ce vendredi 

Un partage musical 

Dans les années 70, les piliers d’aujourd’hui : Ti fock, Danyel Waro, Ziskakan, venaient à Sainte-Suzanne, ils venaient presque tous les week-end chez lo Rwa Kaf du vendredi au dimanche pour jouer, apprendre le maloya. Jean-Pierre s’en souvient «  un week-end c’était à la maison et le week-end d’après, les artistes envoyaient un transport pour venir Lo Rwa Kaf, sa femme et ses enfants pour continuer à partager la passion du maloya mais chez eux cette fois. C’était un temps d’échange, de partage, d’apprentissage. Quand j’étais petit, le Rwa Kaf étaient entourés tous les week-end de ses beaux-frères et tous les samedis c’était maloya chez nous, il a continué la tradition familiale.»

Il a ouvert la voie pour les autres 

Toutes les scènes à La Réunion ont accueilli Lo Rwa Kaf et sa famille. Mais sachez qu’il a été un des premiers artistes maloya à jouer à Madagascar, à jouer sur une scène nationale : l’Olympia avec ses enfants qui étaient à la fois ses musiciens et ses choristes. Il a ouvert la voie aux autres.

« Pour moi, le maloya reste une passion », Un héritage une passion de père en fils. 

Jean Pierre a observé et a grandi avec la passion de son père, aujourd’hui lui aussi est conteur et le maloya est une passion. Jean-Pierre a chanté avec son père qui compte 2 CD à son actif. Sur le premier CD il l’accompagne au roulèr et au kayamb. Sur le deuxième CD, il chante avec son beau-frère au côté de son père, de son pilier, de son maître dans le domaine du maloya. Aujourd’hui, après la disparition de son père, Jean Pierre continue à chanter pour le 20 décembre, il chante les chansons de son père et interprète aussi son propre répertoire. « Lo Rwa, c’était mon tout, mon maître dans le maloya, dans le conte, dans le respect de la vie, de l’autre pour pouvoir avancer, mon artiste, mon papa, mon ami, mon camarade, mon livre, mon exemple », nous confie Jean-Pierre. 

Lo Rwa kaf, un conteur reconnu

 

En 1974, Christian Barrat, professeur de l’université fait le tour de la Réunion pour collecter des contes. Il édite un livre Kriké Kraké où on retrouve les histoires du Rwa kaf. 

Ses personnages préférés : Ti Jean, Grand Diable…..les vedettes de l’époque. Mais les histoires du Rwa Kaf n’étaient pas anodines, rigolotes ou effrayantes mais toujours avec une moralité. Une technique qui a inspiré son fils Jean-Pierre qui a repris son flambeau de conteur. Comment ne pas devenir conteur, en effet quand chaque soir le Rwa Kaf racontait une histoire à ses enfants. Jean-Pierre perpétue le savoir de son père, cela lui tient à coeur.