Reconnu dans le paysage patrimonial et culturel, Abeil a toujours eu la fibre artistique. Sa force se trouve dans la spontanéité et l’audace. La persévérance dont le jeune homme fait preuve ouvre la voie à l’épanouissement professionnel et personnel. 

Connaissez-vous l’histoire de « l’homme coq » ? Apparu dans les années 80, le mythe hantera pendant de nombreuses années le quotidien des Réunionnais. L’homme à la tête de coq est furieux lorsqu’il s’aperçoit qu’un petit garçon s’est emparé de son Petit Albert, livre de sorcellerie et de magie noire. Dès lors, il se met à rôder aux alentours des écoles de l’ouest à la recherche du coupable et en profite pour terroriser les enfants. Profondément marqué par cette légende urbaine, Abeil s’en inspirera pour imaginer les personnages de son univers artistique. Ses œuvres illustrent des être hybrides, mélange entre humanité et bestialité. L’artiste jongle avec des touches de couleurs et des nuances de noir et de blanc pour une atmosphère onirique et poétique. Ses principaux médiums sont le dessin, la peinture sur toile et l’art urbain. Quand il n’utilise pas l’acrylique ou le dessin, le trentenaire sublime les murs environnants et offre un peu de son savoir-faire aux passants. En vous baladant dans différents endroits et en ouvrant l’œil, vous pourrez apercevoir le travail du graffeur. Devanture d’un hôtel de Saint-Gilles, mur de la galerie Artefact de Saint-Denis, bâtiment d’un collège de Cilaos ou surface de la Villa Rivière de Saint-Paul… la patte de l’artiste détonne. 

« J’ai toujours voulu en faire mon métier »

Dès le plus jeune âge, Abeil sait qu’il est prédestiné à l’art. « J’ai toujours voulu en faire mon métier, c’était comme une évidence. J’ai d’abord appris à dessiner seul puis j’ai découvert le graffiti et m’y suis initié en classe de 4ème. A l’école, je passais tout mon temps à peindre et à dessiner », avoue le jeune homme. Abeil intègre en 2012 l’école supérieure d’art du Port. Pendant quatre années, l’artiste apprend à penser l’art et découvre une manière plus abstraite de raisonner. Mais ce qu’il préfère, c’est passer à l’acte de façon spontanée. « J’ai une démarche artistique mais pas systématiquement une explication derrière mes réalisations. Souvent, j’ai un flash et je vois une image, comme si j’étais un faiseur d’image. Je la projette ensuite sur une toile ou un mur. J’aime laisser parler les formes et les couleurs ». Le trentenaire n’a pas hésité à parcourir les quatre coins du monde pour apprendre et perfectionner sa technique. En 2016, il fait une première escale à Diego Suarez (Madagascar) et réalise pendant deux semaines une résidence d’artiste pour le festival Stritarty. Le graffeur s’adonne à l’art urbain en compagnie d’autres artistes malgaches. Dans la foulée, Abeil se rend à Shenzhen, en Chine, pour le projet Jardin Orange. Ses tableaux s’imprègnent des symboles du panda et du dragon. Au Maroc, l’artiste rend hommage aux soldats du feu en mettant en scène un personnage hybride surplombant le paysage sur un mur de 30 mètres. La tournée des résidences s’achève en 2019 par un second passage à Shenzhen puis du street art en Auvergne (France métropolitaine). 

Des rencontres provoquées et du bouche à oreille

Abeil est adepte des événements culturels et sollicite régulièrement des professionnels du milieu
– galeristes, artistes – pour l’aider à se faire connaître. D’année en année, il se fait une place de taille dans le monde de l’art et parvient à vivre de ses œuvres. Les rencontres provoquées et le bouche à oreille lui permettent de se constituer un réseau de connaissances et de collectionneurs. Le jeune homme est récompensé en novembre 2020 par la Villa Rivière pour son projet Kréol Letters, organisé autour de la langue créole et de ses fameux adages. L’artiste s’inspire de la thématique et fonde une marque* de goodies, dédiée entre autres à la customisation de vêtements. « Ma génération n’avait pas le droit de parler créole à l’école, c’était mal vu. Maintenant que j’ai l’occasion de m’exprimer dans ma langue natale et de la valoriser, autant le faire à ma manière, avec la peinture, le graff et les goodies », reconnaît Abeil. Le jeune homme fait également partie de la deuxième édition du projet Panorama. La vie lé roz est exposée à l’artothèque jusqu’en mai 2021. « L’idée était de partir sur un rose camaïeu et de mélanger les textures tout en gardant cette idée de bestialité et d’hybridité. ». Dans les mois à venir, Abeil espère présenter ses futures œuvres dans les meilleurs conditions. « J’attends avec impatience la prochaine exposition. J’aimerais que les gens n’aient pas peur d’être proches et qu’il se sentent libres et bien. Espérons que ça puisse se faire courant 2021 ».

Texte Maeva Mansard

Photos DR

mural collège Alsace Corré, Cilaos, la Réunion

Mur de la Villa Rivière, Saint-Paul, la Réunion

Kréol Letters pour la Villa Rivière

 

*Kréol Letters

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