Le milieu culturel et associatif colle à la peau de Sandrine. En portant un nouveau regard sur l’art, la jeune femme se découvre un réel intérêt pour la photographie. Entre travail et voyages, elle est animée par l’envie de partager et de sensibiliser grâce à ses clichés.

« J’ai commencé la photo par hasard, de manière très naïve », reconnaît Sandrine. Si la photographie ne faisait pas partie des projets de la trentenaire, les aléas de la vie l’y ont amenée petit à petit. « Je n’étais pas forcément destinée à être dans le milieu artistique. Je ne savais pas trop quoi faire de ma vie quand j’étais jeune mais ce dont j’étais sûre c’est que je ne voulais pas faire mes études ailleurs qu’à la Réunion ». Au départ, Sandrine fait du commerce international avant de se spécialiser en licence de communication. Ses premiers pas dans le milieu culturel commencent en 2012 lorsqu’elle intègre l’équipe du Théat Canter en tant que communicante. « Ce milieu là m’a bien plu. C’était enrichissant, avec de la nouveauté et des rencontres variées ». Tout au long de son parcours professionnel, la jeune artiste restera proche du milieu associatif et culturel. La photographe est d’abord chargée de communication pour l’association Fée Mazine de Saint-Pierre, dédiée à la petite enfance, la parentalité et le spectacle jeune public. Sandrine s’occupe d’abord de la logistique des différents artistes avant d’évoluer vers la programmation culturelle et l’organisation de festivals. 

Nouveau regard sur la photographie

En parallèle, la jeune femme découvre la photographie. « Une amie avait un appareil photo et j’ai voulu essayer. J’ai pris beaucoup de plaisir à en faire, j’ai photographié tout et n’importe quoi, sans réelle démarche. Puis je me suis dit qu’il fallait que j’aie mon propre appareil. » Par le biais de ses voyages, Sandrine développe la photographie de rue. Elle commence par Amsterdam en 2014 et affine sa réflexion artistique trois ans plus tard en Afrique du Sud. « J’en ai profité pour faire un projet autour de la relation entre noirs et blancs, très prégnante en Afrique du Sud. Je me suis imprégnée de son histoire et des personnes rencontrées ». Le déclic sur son parcours de photographe, la trentenaire l’aura à son retour d’Afrique. Encouragée et soutenue par des professionnels du milieu, elle expose pour la première fois dans les locaux de Fée Mazine. L’idée de faire des photos de rue sous forme documentaire germe dans son esprit ; en 2018, Sandrine cesse son activité de communication à Fée Mazine. Alors qu’elle rêve de voyages et de reportages photos à travers l’Europe, la communication toque une nouvelle fois à sa porte et l’amène cette fois-ci à Tuléar, grande ville située au Sud de Madagascar. Pendant un an, la photographe travaille pour l’Alliance française, association valorisant la diversité culturelle, les projets artistiques et la langue française. Les clichés qu’elle prend pendant cette période lui permettront d’être exposée à Saint-Denis. « Il était 6h du matin quand j’ai vu une immense maison bleue et rose avec plein d’épis de maïs suspendus. On était dans un village sur les hauts plateaux. C’était surréaliste parce que la maison dénotait avec le paysage et les autres bâtiments. J’ai eu la chance d’être invitée par les habitants de la maison. En arrivant sur la terrasse, il y avait un magnifique point de vue sur la vallée, le soleil était en train de se lever et de la brume était attachée aux montagnes. Le paysage était très féerique et onirique, le contexte était parlant pour moi alors j’ai pris des photos, joué avec les ombres, les couleurs, de telle sorte qu’on ne sait pas si tout ça est réel ou non », se remémore avec émotion Sandrine. L’une de ses photos a été choisie pour la deuxième édition du projet Panorama, en charge de faire découvrir et redécouvrir l’art à travers le regard de plusieurs artistes locaux. L’œuvre est à l’artothèque jusqu’en mai 2021. 

Nofy, photographie numérique, 60 x 90 CM, exposée à l’artothèque jusqu’en mai 2021

« J’aime laisser libre court à l’imagination de celui qui regarde »

En multipliant les expériences, la jeune femme réalise qu’elle apprécie particulièrement la photo de rue en noir et blanc, axée sur un aspect minimaliste, graphique et percutant. L’imaginaire, la transparence, le poétique et l’onirique font l’identité de Sandrine. « J’aime laisser libre court à l’imagination de celui qui regarde. Le but est de questionner les autres, de rendre le spectateur actif dans son interprétation et sa réflexion ». De Vivian Maier (photos de rue en noir et blanc) à Pikachu (photographe réunionnais) en passant par Théo Goslin (contemporain orienté vers l’être humain), les influences de la jeune artiste ont une allure éclectique. Récemment revenue d’une résidence d’artiste à Hell-bourg pour la revue culturelle Fragments, la jeune femme perfectionne un peu plus sa pratique artistique. Pendant dix jours, Sandrine redécouvre Hell-bourg et son histoire à travers des échanges, des rencontres et des portraits. « Je n’avais jamais fait de projet à la Réunion, j’estimais que c’était trop proche de mon quotidien et qu’il fallait que je m’y extraies pour avoir un regard neuf et photographier. La résidence m’a poussé dans mes retranchements et m’a permis de passer de l’angle de la rue à un côté plus intimiste ». Forte de ses expériences, Sandrine est aujourd’hui présidente de l’association Fée Mazine et a à cœur de s’investir pour qu’un maximum de jeunes enfants s’initient à l’art et à la culture. S’il y a une chose de plus à lui souhaiter, c’est la possibilité de sillonner à nouveau les routes de l’Europe, à la recherche de nouveaux endroits à photographier. 

Texte Maeva Mansard

Photos : DR