Elodie Lo King Fung l’annonce d’emblée, c’est une enfant du monde. Fascinée par l’Homme, elle ne rate jamais une occasion de s’enrichir sur le plan culturel. Allier l’art et l’humain lui a permis de créer une collection de vêtements à l’image de ses valeurs. L’aventure commence à Paris. Lorsqu’elle s’inscrit en stylisme à l’école Mod’Art international après son baccalauréat, Elodie ne s’imagine pas qu’elle entamera ensuite un long périple sur les terres d’Asie. Pendant deux ans, la styliste suit dans la capitale de la mode des cours d’histoire de l’art, de modélisme, de nu et découvre l’importance des matières premières en amont de la sortie d’une collection de vêtements. Elodie donne vie aux designs et travaille ensuite en tant que modéliste pour des créateurs. Elle s’occupera également de l’organisation de défilés de mode. Son premier coup de foudre culturel a lieu lorsqu’elle visite en 2004 la ville de Pékin. « J’ai eu un coup de cœur pour la Chine. J’ai toujours eu envie de créer des collections mais au-delà de ça, je voulais vraiment voyager pour trouver mon fil rouge, le petit truc en plus pour mes créations », s’extasie la styliste. Le fil rouge, Elodie finit par le trouver lorsqu’elle découvre la communauté des Hmong, ethnie d’Asie du Sud pour laquelle les broderies sont précieuses. De par ses origines chinoises et son affection pour l’univers oriental, elle apprend le mandarin avant de retourner en Asie. « En 2011, j’ai voyagé en Chine pendant deux mois pour rencontrer ces ethnies dans les villages. En allant de marchés en marchés et en rencontrant des gens, j’ai pu récupéré de vieux habits traditionnels ». Grâce à sa curiosité, Elodie réalise dans l’Ouest de la Chine une collection de vêtements pour une compagnie du pays. 

Fusion du style asiatique et occidental 

Comblée par ses créations, l’artiste retourne la même année à la Réunion et présente ses vêtements pour la fête de Guandi, celle des lanternes ou encore lors de la journée de la femme. La soif d’aventure de la styliste l’amène à quitter l’île deux ans plus tard pour se rendre au Laos. Du théâtre au cinéma en passant par la musique, Elodie élargit le champ des possibles et s’imprègne de la civilisation en parallèle de son activité de styliste. « J’ai été ravie de me rendre compte qu’il existait encore des gens ouverts d’esprit, curieux et généreux. Je préconise à tout le monde de se rendre au moins une fois au Laos », s’émerveille t-elle. Après 5 ans d’aventure, l’artiste retrouve une nouvelle fois ses racines réunionnaises. Cette fois-ci, une page vierge s’offre à elle : celle des résidences d’artiste. Pendant plusieurs mois, la trentenaire reste fidèle à ses voyages et matérialise son enrichissement culturel en élaborant une collection de vêtements pour femmes et pour hommes. « J’ai décidé de fusionner style asiatique et style occidental. J’ai utilisé des batiks d’Indonésie, des broderies de Thaïlande, du coton du Laos et j’ai réalisé des batiks à la cire d’abeille que j’ai teint en indigo ». La résidence Patrimoine et Création est un moyen pour Elodie de mettre en avant l’idée  qu’au-delà de la richesse des différences, on peut retrouver dans l’ailleurs un peu de nous-même. La styliste a présenté sa collection le 15 décembre 2020 au Museum d’Histoire naturelle. Elodie rêve toujours de parcourir le monde ; prochaine étape si les choses évoluent correctement, les paysages ensoleillés du Maroc ! 

Texte Maeva Mansard

Photos DR

Biographie d’ Elodie Lo King Fung

Adolescente, elle parcourait le monde postée devant le petit écran du salon. Sur les genoux, un vieux jeans qu’elle customisait en s’inspirant des images qui défilaient dans les documentaires de voyage. Plus tard, c’est lors de ses études de stylisme à Mod’Art International à Paris, qu’elle découvre la créatrice Katherine Pradeau en assistant pour la première fois à un défilé de mode, des papillons dans le coeur. Un an après cet événement, elle la rencontre lors d’une vente privée de sa marque. Elle lui conte alors que désormais, elle passe la moitié de l’année en Afrique où elle développe ses collections avec les artisans locaux, elle lui parle de leurs échanges humains et artistiques. Elle est depuis ce jour devenue sa référence. Elle a su qu’elle aussi elle voulait expérimenter le monde et l’exprimer au travers de ses créations tant elle avait vibré à son récit. Ayant grandi à La Réunion au coeur d’une mixité culturelle très riche, elle a voulu marcher sur les traces de ces peuples venus de différents horizons. Rassemblant ses affaires et son courage, elle s’est alors envolée pour l’aventure avec pour but de ramener l’histoire de son expérience sous forme de supports visuels. De retour sur l’île, après une année en Chine, cinq années d’expatriation au Laos , au coeur de l’Asie du sud-est et des sauts de puces entre la Thaïlande, le Cambodge, le Viêtnam, l’Indonésie, l’Inde, le Sri Lanka, la Malaisie… Autant de souvenirs et d’émotions qui animent l’âme du voyageur, c’est cela qu’elle vient nous confier : son carnet de découvertes.