L’artiste Arnaud Jamet alias Robinson nous amène à la découverte des fameux lazarets de la Grande Chaloupe. Les vestiges du passé sont au devant de la scène le temps d’un parcours initiatique et symbolique.

Un retour en images marqué par la création du premier site internet dédié au lieu.

Les croquis de Robinson nous font revivre l’histoire de l’engagisme à la Réunion. Alors que l’esclavage est officiellement aboli en 1848, le besoin de main d’œuvre entraîne une vague d’immigration. Indiens, Chinois, Malgaches, Africains et Indo-Musulmans (Zarabes) s’engagent et débarquent sur l’île dans l’espoir de travailler dans de bonnes conditions. Mais en arrivant sur place, les voyageurs se retrouvent isolés au Lazaret de la Grande Chaloupe. Le but, éviter la propagation des maladies – choléra, variole, peste – dont sont potentiellement porteurs les engagés. Plusieurs dizaines de milliers de voyageurs y seront placés en quarantaine en l’espace de soixante seize ans. C’est à eux que Robinson souhaite rendre hommage aujourd’hui. « Je ressens de l’intérêt pour ce lieu parce qu’il est symbolique et très chargé en
émotions. Il y a de nombreuses familles dont les ancêtres sont passés ici », reconnaît l’artiste. D’abord paysagiste, Robinson s’adonne ensuite à sa passion pour le dessin. La troisième édition de la résidence « Patrimoine et création » mise en place par le Département lui donne l’opportunité d’offrir un regard neuf sur le lieu. A travers le dessin, l’artiste retrace le parcours et le quotidien des engagés en pleine quarantaine. La Covid apportera un souffle nouveau dans sa réflexion artistique. « Mon esprit a commencé à vagabonder pendant le confinement et je me suis replongé dans les croquis que j’avais fait. J’ai commencé à ressentir, dans une autre toute autre mesure, cette privation de liberté et le fait d’être confiné dans un espace clos. » Robinson finit par s’inspirer de La Reine Lilie ou la rose du Bengale, récit d’Auguste Vinson, médecin au Lazaret. « J’ai décidé de faire quelque chose de plus poétique et de mémoriel quand j’ai compris la façon dont Auguste Vinson, enfermé lui aussi au Lazaret à l’époque, voyait les choses. Mes croquis font écho à ses phrases ».

 Parcourir la Grande Chaloupe depuis chez soi ? C’est désormais possible !

Au total, cinquante cinq croquis illustrent le parcours des engagés depuis la mer jusqu’au quartier du Gol (Saint-Louis) en passant par la Grande Chaloupe. Chaque dessin est accompagné d’une citation issue de l’histoire d’Auguste Vinson. Décliné en sept étapes, le cheminement des voyageurs apparaît également sous forme interactive sur le site internet carnet55.re. « Débarquer », « Attendre », « S’éteindre », « Éprouver », « S’échapper », « S’enraciner » et « Croire » sont des thèmes abordés par l’artiste pour témoigner de l’évolution des engagés sur l’île. Carnet55.re, c’est parcourir la Grande Chaloupe depuis chez soi, c’est une immersion au cœur de l’histoire et du peuplement. C’est aussi revêtir la peau d’un personnage ancré au lieu tout en y ajoutant une touche de modernité avec la signature artistique de
Robinson, les paysages érigés à partir du XXème siècle et un parallèle entre quarantaine passée et situation sanitaire actuelle. Prochaine étape, le développement d’une application mobile permettant aux visiteurs d’explorer la Grande Chaloupe en temps réel. Le Carnet d’un autre confinement, version papier des croquis, a vu le jour et doit être distribué dans les collèges. Un moyen de réaliser un support pédagogique a destination des enseignants tout en faisant perdurer l’esprit de l’œuvre. L’artiste présentera également son travail à l’occasion de la nuit des musées. Pour les curieux, rendez-vous le 3 juillet au Lazaret de la Grande Chaloupe.

Texte Maeva Mansard