Les embûches n’ont pas empêché Sonia de réaliser ses rêves. Ses choix et sa persévérance lui permettent aujourd’hui de s’épanouir et de mener sa vie d’artiste comme elle l’entend.

« Focus sur une artiste qui n’a pas froid aux yeux »

Entre rêve de culture mondaine et traditions insulaires, Sonia a fait son choix. Lorsque la jeune femme saute la mer dans l’espoir de s’épanouir sous les lumières des grandes villes, elle se s’imagine pas que le bonheur se trouve finalement à portée de main. Née à la Réunion à la fin des années 80, Sonia se met en tête après le baccalauréat de voyager en métropole afin de trouver sa voie. L’art, elle ne s’y aventure pas tout de suite. « J’ai toujours eu une sensibilité pour le dessin et la création mais le fait d’en faire un travail n’avait pour moi aucun sens. Pourquoi me pencher sur un sujet qui ne m’intéresse pas ? Je ne voulais pas travailler des choses qui ne me concernent pas », conçoit t-elle. L’esprit rebelle de la jeune femme l’amène en faculté de psychologie à Montpellier. Mais l’espoir se transforme en désillusion. « Les études et le système dépersonnalisé de la fac ont commencé à me blaser. Pendant deux ans j’ai été un peu perdue sur ce que je voulais faire ». Sonia finit par laisser jaillir sa fibre artistique quelques années plus tard et intègre l’école d’art de Bordeaux. Elle s’initie pendant trois ans à la scène artistique européenne avant d’envisager un retour aux sources. « Finalement j’ai préféré passer mon diplôme à l’école des arts du Port, dans un environnement familier. Parfois certains espaces ne sont pas faits pour soi. »

L’artiste saute la mer une nouvelle fois et fait le chemin inverse. Cette longue parenthèse en métropole lui fait prendre conscience des richesses de son île natale. La créolité et la négritude, mouvements basés sur les revendications culturelles et patrimoniales des peuples noirs, font d’emblée sens à ses yeux. La jeune femme aime particulièrement s’ancrer dans la réalité. Ce qu’elle préfère, c’est dépeindre des publics fragiles – enfants et gramounes – gages d’authenticité. Pour Sonia, rien n’est plus beau qu’un fondker. « Quand je vais devant un snack bar et que je vois tous ces tontons, poètes dans l’âme, en train de causer, je me dis que ce sont ces choses là que je souhaite mettre en valeur ». Au-delà des revendications identitaires, l’artiste veut toucher à travers l’installation sonore et visuelle. 

Maïdo Maïdo, c’est la résilience

Pour la deuxième édition de Panorama, exposition conçue par l’artothèque, Sonia a choisi de prendre l’air frais des Hauts de Saint-Paul. Maïdo Maïdo, c’est la résilience. La trentenaire a capturé des images du sentier de la glacière, récemment ravagé par un incendie, pour mener à bien sa création.  « Le dispositif parle du chemin parcouru. Il y aura toujours des obstacle et des moments plus éprouvants que d’autres. Une fois les obstacles surmontés, on arrive à avancer, à l’image des plantes et des fougères qui repoussent après un incendie ». A l’aide du running zone, technique qui consiste à filmer le paysage à partir d’une caméra fixée à la cheville, l’artiste veut immerger et interpeller son public. Chez Sonia, la thématique environnementale a plusieurs saveurs. Quand elle ne s’attelle pas à l’installation, la jeune femme anime des ateliers de médiation culturelle auprès de jeunes enfants. Courts métrages, exploration du monde, sensibilisation à la création et aux arts… « L’objectif de la démarche est de débrider la parole, parler de son expérience, observer son quotidien avec des activités basées sur l’écriture, l’image ou les sensations d’odeurs et de goûts. »

Si l’artiste ne se lasse jamais de produire, c’est parce qu’elle sait que l’art a une façon unique de sensibiliser. « Si un marmaille voit mon travail pendant une poignée de secondes, il peut être marqué et s’en souvenir vingt ans après. Rentrer dans la chair et la mémoire des gens, c’est le but de l’expression de soi ». 

Texte Maeva Mansard

 

Maïdo Maïdo, installation exposée à l’artothèque jusqu’en mai 2021 ( Photo DR )

 

 

Biographie : SONIA CHARBONNEAU

Née en 1989 à Sainte-Clotilde (La Réunion). Vit et travaille à La Réunion. Elle obtient son DNSEP à l’École Supérieure d’Art de La Réunion en 2017. Elle est en résidence de recherche à Lerka . Sonia Charbonneau a sauté la mer en 2009 pour y faire des études d’art à Montpellier, puis à Bordeaux. La société ançaise lui tend un miroir : celui du sexisme, du racisme, de l’exotisme, de l’altér é. Sauter la mer lui a cependant permis de comprendre un a attachement indéfectible avec un territoire, La Réunion. Le retour vers une île idéalisée par la distance  plus complexe qu’elle ne l’avait  imaginé. L’artiste poursuit  ses études en école d’art dans la ville du Port. Elle découvre une littérature et des scènes artistiques proches de ses préoccupations. Au fil des œuvres, elle affirme une pensée  créole, une langue, une histoire, une mémoire, un corps. Son corps e son outil principal, le filtre, l’émetteur et le récepteur. Sonia Charbonneau marche et court. Elle traverse les paysages de La Réunion pour les comprendre, pour se situer. Par la confrontation physique et directe, elle se met à l’épreuve d’un lieu et de son histoire. Julie Crenn, extra de « Wanderlu », 2020. Texte commandé et produit par le Frac Réunion . Le Maïdo, du malgache terre brûle une montagne à gravir, par des chemins tortueux, escarpés, glissants, accidentés, sous un soleil aux phases ardentes et brumeuses. Expos aux rafales et à la sécheresse du climat, elle e régulièrement soumise aux feux de forêt qui dévastent ses flancs. Que re e-t-il de ce paysage après le vent et le feu ? De la pierre et du brûlis, de la vie à la première barre d’une échelle nouvelle.