Site d’informations culturelles de La Réunion

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Après une réflexion sur les élites, maillons incontournables de nos sociétés (JPH 143), une deuxième réflexion sur les associations, révélatrices de nos sociétés, (JPH 144/145), une troisième réflexion sur le monde économique, moteur de nos sociétés (JPH 146) une quatrième réflexion sur le monde culturel, conscience de nos sociétés (JPH 148) [1], nous poursuivons la série, aujourd’hui, avec une cinquième réflexion sur le monde spirituel, le monde de la transcendance. Pour être complète, notre société réunionnaise a besoin de toutes ces composantes et du monde politique que nous présenterons dans le prochain JPH. Ni les élites, ni les associatifs, ni le monde économique, ni les culturels, ni le monde spirituel, ni le monde politique, ne peuvent dire qu’ils sont à eux seuls, nécessaires et suffisants pour la bonne marche de notre société et le meilleur bonheur de ses habitants ; mais tous ensemble, ils sont assurément, tous nécessaires.
Le monde spirituel élève vers le Ciel les esprits de chacun de nous, mais aussi des peuples. Il nous rappelle l’existence des univers infiniment grands et infiniment petits qui nous entourent. Pour l’athée, ces univers sont faits de hasards et pour le croyant, ils sont la création d’une intelligence qui connaît tous les secrets de ce qu’elle a créé. Pour l’un comme pour l’autre, crs univers sont faits d’une part considérable d’inconnu et de mystère, mais aussi – pour ce que nous en connaissons et que nous continuerons de découvrir – ces univers sont faits d’équations, de règles et de lois.
Pour autant, cette élévation ne coupe pas l’homme ou la femme de sa situation d’acteur de notre toute petite terre et de notre tout petit pays, de notre petite vie personnelle. Elle fait prendre conscience de l’humilité. Mais nous participons à l’immensité de ces univers – créés ou non – parce que nous y occupons une place, nous en faisons partie, nous en sommes.
Les lois de ces univers sont nos lois. L’éthique c’est notre conformité à ces lois. Ce que le Général de Gaulle appelait la nature des choses. C’est l’écologie du Cosmos dans laquelle s’inscrit notre écologie de terriens. Quand nous passons outre, nous rompons un équilibre, nous provoquons un désordre. Le monde de ces lois, c’est ce que François Mitterrand appelait les forces de l’Esprit.
Ces forces de l’Esprit nous font avancer, notamment par la science, dans la connaissance de ces univers. Et grâce à ces connaissances acquises aujourd’hui et aux connaissances qui le seront demain, l’homme est de plus en plus puissant. Aujourd’hui, il peut détruire toute la planète, nourrir à satiété l’humanité entière, remplacer les hommes par l’intelligence artificielle, la main d’œuvre humaine par des robots ; il peut par sélection, créer une race de surhommes, éliminer les porteurs de handicaps, les faibles, supprimer les pauvres, faire que les hommes accouchent comme les femmes, etc. L’Histoire récente a montré que des docteurs Folamour ont rêvé d’user de cette puissance aveugle politiquement ; les débats bioéthiques, les écoles économiques du profit d’abord, les scandales qui ébranlent la chronique politique et les faits divers, nous montrent la réalité de cette puissance dans les grands enjeux mondiaux et les petites affaires de proximité. Quel Esprit dira qu’il ne faut pas détruire la planète ? Que la production de la nourriture de l’humanité doit être partagée ? Que toute personne humaine a droit à la vie, à la dignité, au respect, que la procréation est l’affaire de l’homme et de la femme ?
Pour le croyant, cet Esprit c’est le créateur des univers. Sa créature peut provoquer plus de bonheur, mais aussi plus de malheur. C’est le créateur qui met au fond de nos consciences et nous communique parfois explicitement, le mode d’emploi qui crée du bonheur. C’est cela le message que nous rappellent les religions. Le curé et le pasteur chrétiens, le prêtre malbar, l’iman musulman, le moine bouddhiste, tous, du plus modeste au plus grand, prêchent aux hommes ce message d’en haut. Il fut un temps où les religions se faisaient la guerre, aujourd’hui elles ont fait la paix entre elles et s’unissent dans des groupe interreligieux. Ce phénomène récent sous sa forme actuelle, est en passe de changer les choses. Ce n’est pas le lieu dans le cadre de ce journal, de considérer la question sous ses aspects théologiques ; mais de prendre acte du phénomène sociologique sur le chantier de la construction du monde et sur le chantier de notre île.
Ces forces de l’Espritexistent aussi chez ceux qui ne croient pas au Ciel. Pour eux, ces univers sont le résultat d’une conjoncture que nous ne connaissons pas. Nous ne pouvons que constater leur existence avec leurs lois. Et l’éthique qui suppose le respect de ces lois, est inscrite dans nos consciences, explicitée parfois. S’il fut un temps où ceux qui ne croyaient pas au Ciel s’opposaient aux croyants, ce temps-là tend aussi à disparaître. Cette tendance vers la fin de la guerre croyants/non croyants, c’est la laïcité d’aujourd’hui. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, les uns et les autres, en France, ont créé « le modèle français » que nous défendons ici contre les assauts de ce que j’appelle « l’Ecole de Chicago ». Ils ont créé ensemble le modèle de l’Homme au centre à la place du profit d’abord.
L’esprit de cette laïcité du monde spirituel d’aujourd’hui, accepte que les uns et les autres soient acteurs de la construction du Monde et, pour ce qui nous concerne, de la construction de La Réunion. Cette laïcité acquise, chacune des familles de ce monde spirituel – les familles des croyants et les familles des non-croyants – insufflera les forces de son Esprit à travers le corps social du pays : les élites, les associatifs, les économiques, les culturels et les politiques. Comme les autres composantes de notre société, le monde spirituel passera son message par le truchement de notre culture, ce qu’on appelle l’inculturation. L’esprit universel est traduit ici en créole, à la manière réunionnaise. Cela est l’antidote du repli sur soi que certains confondent avec la subsidiarité et l’antidote aussi de l’uniformisation, improprement confondue avec l’universel.
C’est au niveau de ces forces de l’Esprit que se trouvera la source des valeurs morales, en amont des mesures matérielles préventives, coercitives ou répressives dans tous les domaines de l’activité humaine. Ces mesures matérielles tout en étant nécessaires, sont insuffisantes – l’expérience le montre – sans ces forces de l’esprit, sans cette source spirituelle. Je pense à un problème particulier qui nous préoccupe tellement parmi tant d’autres, celui de la violence. Notre société ne résoudra pas, d’une façon générale, ses problèmes sociétaux, économiques et sociaux, si elle ne s’élève pas au niveau du monde spirituel, du monde de l’éthique universelle, de la morale du bien commun, des droits de tous et de tout, inculturés. Souvent les acteurs du monde spirituel prennent en charge à travers leurs œuvres, ce que les sociétés – les Etats – laissent sur le bord du chemin : les démunis, les handicapés, les pauvres. Dans le même esprit, ils prennent en charge également la formation des hommes, des élites et des autres, quand les Etats font défaut.
Le monde spirituel a son envers. L’envers du monde spirituel, c’est la superstition, le fatalisme, le sectarisme, voire le terrorisme. A cet égard, l’actualité mondiale nous gâte. « Religion, religion, que de crimes en ton nom ! » comme disait Madame de Roland à propos de la liberté, en montant à l’échafaud. Et il en est des religions comme des sociétés de pensée qui ont dévié. Le monde spirituel, a son envers, comme tous les autres mondes : le monde des élites, le monde culturel, le monde économique, le monde politique, etc. Comment trier le bon grain de l’ivraie ? Trois critères principaux – il y en a d’autres – pourront le permettre : la reconnaissance de la diversité, le dialogue, l’espérance.
Dans la logique et du point de vue de la société civile, les voies du salut qui se font entendre sont diverses. Une famille qui, dans la société civile, ne reconnaît pas cette diversité, appartient au mauvais côté du monde spirituel. – Si une de ces familles refuse le dialogueavec les autres familles et la société civile, elle appartient, elle aussi, au mauvais côté du monde spirituel. L’éthique ne s’impose pas en un claquement de doigt. Aucune famille spirituelle ne peut sacrifier ce qui lui est essentiel sans tomber dans un relativisme impossible. D’un autre côté, aucune société ne pourra tolérer que perdurent des pratiques barbares qui portent atteinte à la dignité et à la l’intégrité des hommes et des femmes. Et il existe bien d’autres problèmes. Nos sociétés contemporaines, doivent trouver des solutions pour permettre le vivre ensemble. Seul le dialogue peut venir à bout de ces défis. – Enfin, et cela sera un critère important – il y en a d’autres – les familles spirituelles doivent être porteuses d’espérance. Laissons les esprits chagrins ironiser sur le demain on rasera gratis,et laissons les responsables d’une fausse spiritualité, confondre espérance et fatalisme. L’espérance véritable est porteuse de courage pour le présent et de dynamisme pour l’avenir.
Notre société ne peut pas délaisser le monde spirituel. Comme notre monde culturel, il n’appartient pas à un patrimoine obsolète[2]. Des masses de responsables politiques, de chefs d’entreprises, de parents, d’individus de tous les milieux, sont guidés et sont accompagnés par ces forces de l’Esprit – religieuses ou non – dans leur vie pratique de tous les jours. Le monde spirituel fait partie de ces composantes dont La Réunion a besoin pour la bonne marche de notre société et le meilleur bonheur de ses habitants.
[1] Nous avons interrompu la série pour commenter les résultats des municipales (JPH 147)
[2] JPH 148
Paul Hoarau
Culture Klic Réunion

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